Pour la première fois de ma vie, je suis invitée à un mariage selon la tradition Acholi – nyom pa acholi. Je suis la nièce de la mariée. Des personnes s’occupent des derniers préparatifs en attendant le marié et son clan. Quand viendront-ils ? Je ne suis pas au bout de mes surprises…

Par Gladys Oroma, Gulu


 C’est principalement aux hommes de la famille de l’épouse qu’incombent les négociations et les questions d’argent.

 La négociation sur le prix commence la veille et dure toute la nuit jusqu’à un accord commun.

 La dot traditionnelle consiste en vaches et chèvres mais est de plus en plus remplacée par une somme d’argent.

 Le jeune marié doit offrir une robe gomesi à la mère de la mariée et un costume pa mon nyako à son père.

 Après le paiement, le couple est officiellement marié et la jeune femme fait partie du clan de son mari.

 Souvent, la dot est utilisée par le clan de la mariée pour permettre à ses frères de se marier avec une jeune fille d’un autre clan.

Dans le ciel du nord de l’Ouganda, le soleil est déjà d’un brun doré, et toujours aucun signe des invités pourtant très attendus. Chacune des nombreuses tantes de la mariée se tient à un endroit le long de la route menant au domicile familial.

Les retardataires ont toujours tort

“Liiliiliiliiliiliiiliiiliiiliiilii”, entame soudain l’une des tantes. Ces cris de joie annoncent enfin l’arrivée du marié et de sa famille. Les femmes, assises dans la cour familiale, se mettent à crier elles aussi. En quelques secondes, à ces cris vient se joindre le battement des tambours.

Un minibus bondé arrive. Un membre de la famille de la future épouse s’en approche et, pendant que le véhicule se vide de ses occupants, il reçoit une enveloppe des mains du chef du clan du futur marié. J’apprends que c’est une amende pour n’avoir pas annoncé leur arrivée. Ils auraient pu en être épargnés si les femmes qui accompagnent le marié avaient crié les premières. Dépitées, elles ne savaient même pas que le bus était proche de la propriété familiale.

La vingtaine d’invités est conduite dans la salle de cérémonie où le marié et sa famille doivent attendre pendant deux heures. Les parents de la mariée veulent ainsi clairement leur signifier qu’ils ne font pas partie de leur clan.

Les présentations
Enfin, l’une des tantes de la mariée informe le chef de clan que la délégation du marié va être reçue. On le conduit – avec le marié, son père, sa mère, deux de ses frères, cinq oncles et deux tantes – vers la maison du père de la mariée.

À l’intérieur du salon, la mariée, bien maquillée, arborant une tenue traditionnelle bleue appelée Gomesi, est assise sur une grande natte avec ses parents, ses oncles paternels, ses frères et une tante. L’un après l’autre, les membres de la délégation se déchaussent et rampent – en signe d’humilité – vers une natte étendue en face de celle occupée par les parents de la mariée.

Plusieurs échanges d’enveloppes
Une fois tout le monde assis et plusieurs enveloppes d’argent échangées, un oncle de la mariée, feignant l’ignorance, s’enquiert du but de leur visite. Le porte-parole de la famille du marié répond qu’ils sont venus demander la main d’une de leurs filles. “De quelle fille s’agit-il?” demande l’oncle.

Une fois que la fille est désignée, un autre oncle se tourne vers elle et lui demande si elle connait les personnes assises devant elle.

La langue de la fille ne se délie que lorsque les parents du marié déposent une enveloppe devant elle. C’est alors qu’elle décline l’identité du marié, celle de ses parents, sa tribu et leur origine.

Et la lumière fut…
Après avoir versé encore plus d’argent, l’un des frères de la mariée éteint la lumière et plonge la salle dans l’obscurité la plus totale. Plaisantant, il demande aux invités s’ils sont capables de payer les factures d’électricité à la fin de chaque mois.

Un oncle du marié allume une lampe prévue à cet effet et la place entre les deux groupes. Puis, il offre aussi un bidon de pétrole au frère de la mariée qui rétablit la lumière. Les véritables tractations peuvent alors commencer.

Pendant quatre heures, les deux groupent marchandent. A un moment donné, la famille du marié, à bout d’arguments, se retire dehors pour se concerter.

Trente minutes plus tard, l’une des tantes de la mariée pousse un cri, signe annonçant l’acceptation de la dot. Une fois encore, d’autres cris se font entendre ainsi que les battements de tambour. Le groupe de négociation se met alors à esquisser des pas de danse et se joignent aux autres.

Enfin, le repas et les réjouissances
Après un copieux repas traditionnel de viande fumée dans une soupe de sésame sim-sim, du rôti de poulet et du boo (légumes spécialement assaisonnées) la famille du marié qui, quelques heures auparavant, était entrée la tête basse dans la propriété familiale de la mariée, se met à danser vigoureusement et à chanter des chansons provocatrices. Parfois ils couvrent d’éloges la mariée et quelques minutes après remettent en question sa capacité à s’occuper d’un foyer ou encore traitent le père de la fille de pauvre type incapable d’assurer un flux abondant d’alcool.

Les parents de la mariée leur emboitent le pas en interprétant une chanson dans laquelle le marié et sa famille sont traités de lâches. Tout le monde rit aux éclats. Les réjouissances se poursuivent pendant trois jours. Les deux familles sont désormais unies et dansent ensemble.

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