Acteurs politiques ? Peu importe
(Iwacu 23/06/14)

Agathon Rwasa, Charles Nditije et Chauvineau Mugwengezo, acteurs politiques, sont déterminés à se présenter aux élections de 2015. Et ce, malgré toutes les appellations que le ministre de l’Intérieur peut leur donner. Néanmoins, la Commission Électorale Nationale Indépendante estime que la loi ne prévoit pas de candidats ‘acteurs politiques’.
9 juin 2014. Toute la classe politique burundaise est conviée pour procéder à la signature des principes généraux de bonne conduite pour les élections de 2015. Mais, avant la signature de ce document, une polémique va s’enfler sur la qualification des « acteurs politiques. »

D’après le ministre de l’Intérieur, le concept d’acteurs politiques a été longuement discuté avant d’être adopté. Parce que, souligne-t-il, à un certain moment, il y avait une confusion avec des dissidents politiques. « Mais, pour un environnement propice aux élections, nous avons décidé d’adopter un concept qui soit plus ou moins doux, acteurs politiques. Pour ne pas dire dissidents politiques car, en réalité, c’est ce qu’ils sont. » Et, pour Edouard Nduwimana, signer le code de conduite ne permet en aucun cas aux acteurs politiques de tenir des meetings. Car ni la constitution, ni le code électoral, ni la loi sur les partis politiques ne le leur permettent.

« Pour créer un environnement propice aux élections, le génie burundais nous a inspiré et nous avons adopté ce concept d’acteurs politiques», lâche Edouard Nduwimana, ministre de l’Intérieur. Par acteurs politiques, il faut entendre les anciens leaders des partis politiques aujourd’hui non reconnus par le pouvoir : Agathon Rwasa des FNL, Charles Nditije de l’Uprona et Chauvineau Mugwengezo de l’UPD.

Un terme doux pour inclure des dissidents politiques

« Nous sommes dissidents par rapport à quoi » s’interroge Charles Nditije. Car, pour lui, la dissidence est normalement le fait d’une minorité qui se désolidarise du groupe d’appartenance d’origine. Il ajoute que, à l’Uprona, il y a une minorité acquise à la cause du Cndd-Fdd, et qui est manipulée pour saborder le parti Uprona. Cependant, indique-t-il, la grande majorité des militants est derrière ceux qui sont appelés acteurs politiques. « Finalement qui est dissident ? De toute façon, ce n’est pas au ministre de l’Intérieur de désigner qui est dissident ou pas. »

Selon Charles Nditije, le problème est que, précisément, les acteurs politiques sont une création du Cndd-Fdd qui a voulu saucissonner les partis et les scinder en ailes. D’après lui, c’est pour éviter d’avoir à faire à des partis politiques solides lors des élections de 2015. « Le parti au pouvoir veut aller aux élections avec des partis satellites qui ne vont pas le gêner dans sa quête. Il est donc normal qu’il ne veuille pas que les acteurs politiques aillent sur le terrain. »

Car, souligne M.Nditije, la façon dont cette expression utilisée par le pouvoir est un peu tirée par les cheveux, « parce qu’il fallait trouver un concept qui permette au Cndd-Fdd de nous associer au processus, parce qu’on nous avait ravi nos partis politiques. »

Et pourtant, c’est un bon code …

Pourtant, le document en soi est porteur d’espoir. Les dispositions 2 et 4 du Code de conduite rassurent. Il est demandé aux responsables des partis et acteurs politiques d’encadrer la jeunesse, de lui inculquer des valeurs démocratiques. En outre, le gouvernement s’engage à garantir la sécurité et la pleine jouissance des libertés, des droits civils et politiques. « Il nous lie ipso facto au ministre de l’Intérieur et à la Communauté internationale », insiste M. Mugwengezo.

Pour Charles Nditije, le ministre de l’Intérieur et le Cndd-Fdd ne respectent pas la parole donnée et leurs engagements. Il rappelle qu’ils s’étaient entendus que le gouvernement devait faciliter le travail des partis politiques et des acteurs politiques pour qu’ils puissent se rendre sur terrain et organiser leurs activités. Il était également convenu, ajoute-t-il, que les partis politiques et les acteurs politiques s’investissent pour éduquer les jeunesses affiliées à leurs formations.
Pour Chauvineau Mugwengezo, il s’agissait d’une sorte de feu vert pour enfin rencontrer leurs militants après quatre ans de restriction de leurs libertés politiques.

« L’inclusivité est menacée»

Pour Agathon Rwasa, que le pouvoir les traite de tous les noms, leur contribution est incontournable pour mettre le pays sur la voie de la démocratie : « Nous devons participer aux élections coûte que coûte, en acteurs politiques ou sous n’importe quelle casquette. »
Selon M. Rwasa, il est grand temps, s’il n’est pas tard, que le pouvoir cesse de se contredire : « Il n’est pas possible d’organiser des élections inclusives tant que tous les compétiteurs politiques ne sont pas traités sur le même pied d’égalité. » Le pouvoir, remarque-t-il, constitue une entrave : « Les élections doivent se préparer dès maintenant. Comment présenter nos membres à la CENI alors qu’il n’est pas possible de les rencontrer ? »

Et dire que les élections vont bien se dérouler… : Au lendemain de cette mise en garde du ministre de l’Intérieur aux acteurs politiques, Pierre Nkurunziza était rassurant : « Les élections, je le dis et le répète, vont bien se dérouler. » C’était le 10 juin au Centre Jeunes Kamenge lors du lancement officiel des activités de la Radio Colombe Fm. Et il l’a encore une fois répété, les yeux bien fixés sur la foule des jeunes venus assister à cette célébration.
A 11 mois des élections, la tension politique est là. A entendre les protestations des acteurs politiques, il y a encore à faire pour « un climat favorable à la tenue des élections libres, apaisées, transparentes et démocratiques. » La Communauté internationale a déjà manifesté sa volonté à travers les différentes assises organisées par le Bnub. Mais des Burundais doivent s’impliquer beaucoup à commencer par le pouvoir qui semble agir contre ses propres engagements.Prosper Ntahorwamiye : « Il ne faut pas nous induire en erreur ! »
L’esprit de la feuille de route prônant entre autres la réunification, souligne-t-il, doit être scrupuleusement respecté : « Toute convention légalement constituée incarne une force de loi. » Le cas le plus frappant est celui de l’Uprona : « Au moment où toutes les parties en conflits décident de se mettre ensemble, le pouvoir s’est interposé comme un cheveu dans la soupe et il a tout bloqué. »
M. Rwasa indique qu’il est absurde que le ministre de l’Intérieur, les empêche de se rendre sur le terrain : « Qui est l’instigateur de ce concept d’acteur politique ? N’est-ce pas le pouvoir pour nous avoir mis dans une situation qu’il n’est même pas capable de défendre ? »
En signant le Code, rappelle-t-il, tous les partenaires politiques venaient de s’engager : « Mais Nduwimana a été le premier à violer ce principe. »

Et Agathon Rwasa de constater que trop c’est trop : « Toutes les manœuvres du ministre de l’Intérieur visent à nous exclure de la compétition électorale mais nous n’allons pas céder. »

« En coalition, en leaders politiques, nous irons aux élections »

Chauvineau Mugwengezo fait savoir que les acteurs politiques n’ont pas signé le Code de conduite les yeux fermés : « Nous l’avons signé en connaissance de cause parce que son contenu est susceptible de nous permettre de nous rendre sur le terrain du jeu politique. »
Les propos du ministre, lâche-t-il, ne les intéresse plus : « Il va jusqu’à mettre en cause la signature du Code. Que de contradictions. » Il constate avec amertume que le pouvoir veut les mettre entre le marteau et l’enclume. Toutefois, M. Mugwengezo reste optimiste : « Nous ne manquerons pas aux élections quelles que soient les raisons que M. Nduwimana et la CENI inféodée au parti au pouvoir vont avancer. »
Il rappelle que son parti, l’UPD, est membre de la coalition ADC-Ikibiri. De plus, des démarches en vue de constituer un parti UPD réunifié sont en cours : « Je ne perds pas tout espoir. »

« Pas de candidats ‘acteurs politiques’ »

Prosper Ntahorwamiye, chargé de la Communication et de l’éducation civique à la CENI avertit : « Il ne faut pas nous induire en erreurs. Ni le Code électoral, ni la Constitution, ne prévoit pas de candidatures ‘acteurs politiques’. » D’après lui, sont admis à la compétition électorale des candidats provenant des partis politiques, présentés par des coalitions politiques ou des candidatures à titre indépendant.

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