*Discours de S.E.M l’Ambassadeur Albert SHINGIRO*, *Représentant permanent de la République du Burundi auprès des Nations Unies lors du briefing du Conseil de Sécurité sur la situation au Burundi, le 21 novembre 2018*

Monsieur le Président, comme c’est la première fois que je prends la parole sous votre présidence, je voudrais dès l’entame de mon propos vous exprimer mes chaleureuses félicitations pour votre  accession à la présidence du Conseil de sécurité pour le mois de novembre 2018.

Ma délégation souhaite également remercier tous les membres de ce conseil qui n’ont jamais cessé de soutenir le respect des principes de la charte des Nations Unies dans le traitement de la situation au Burundi devant ce Conseil. Nous vous en sommes très reconnaissants.
Nous regrettons le fait que quelques délégations restent imperméables aux progrès déjà enregistrés au Burundi depuis 2015. Nous les encourageons de faire la lecture de la situation au Burundi avec des lunettes objectives et évoluer ainsi au rythme de la situation réelle du pays au lieu de rester figées pendant plus de 3 ans.
Je tiens en outre à remercier mon collègue l’Ambassadeur Jürg Lauber, Président de la configuration-Burundi de la commission de consolidation de la paix pour sa contribution constructive à ce débat. Nous lui renouvelons notre entière coopération.
Je ne peux pas ne pas remercier l’Envoyé spécial du Secrétaire général. M. Michel Kafando pour son briefing ainsi que pour le rapport du SG publié sous le symbole S/2018/1028 même si je ne suis pas d’accord avec l’ensemble de son contenu. Il y a en effet un fossé béant entre ce rapport et la situation réelle qui prévaut sur le terrain au Burundi.
Monsieur le Président, l’objet de mon intervention est de partager avec vous les nouveaux développements depuis la dernière réunion du Conseil sur la situation au Burundi le 9 août 2018.
Au niveau politique, les préparatifs des élections de 2020 se poursuivent normalement dans un climat détendu et serein. La feuille de route de Kayanza en vue des élections apaisées en 2020 ainsi que la commission Electorale Nationale indépendante sont déjà en place. Pour ce qui est du financement, les burundais sont en train de mobiliser les ressources nécessaires pour financer eux-mêmes ce grand rendez-vous électoral. Le financement quasi-total du scrutin de 2020 est une réaffirmation de la volonté du peuple Burundais de s’approprier entièrement de ce processus qui est le sien.
Pour ce qui est de la création d’un environnement propice à la bonne tenue des élections de 2020, tout sera mis en œuvre afin de garantir le caractère démocratique, crédible, inclusif et apaisé du scrutin, gage de la stabilité politique et économique de notre pays. Depuis le début de l’année 2018, le Gouvernement du Burundi a multiplié des gestes concrets de bonne volonté allant dans le sens de l’apaisement général dans le pays. La déclaration du chef de l’Etat de ne pas se représenter en 2020 alors qu’il en avait le droit, est un geste de haute valeur politique et démocratique à saluer. La libération de plus de 2000 prisonniers au début de l’année, incluant les insurgés de 2015, rentre également dans le cadre de cette dynamique de réconciliation, de cohésion sociale et de tolérance politique en cours dans le pays. A la fois vertu morale et principe politique, la tolérance est un vecteur de paix que nous devons cultiver, entretenir, renforcer et pérenniser au Burundi.
Pour ce qui est du dialogue inter burundais en vue des élections démocratiques, transparentes, inclusives et pacifiques en 2020, ma délégation voudrait rappeler que le dialogue comme outil de recherche des solutions concertées aux problèmes est une culture encrée dans le quotidien des Burundais. Le processus dialogue inter burundais qui se tenait jusque-là à Arusha sous la facilitation est africaine a été clôturé le mois dernier par le Facilitateur William Mkapa. Nous lui sommes très reconnaissants pour les efforts consentis depuis bientôt 3 ans pour accompagner le Burundi dans son processus de consolidation de la paix et de la démocratie. Je saisis cette occasion pour rappeler à ce conseil, à toutes fins utiles, que la mission principale de l’Envoyé spécial du secrétaire général était d’accompagner ce processus de dialogue qui vient d’être  clôturé ce 29 octobre 2018.
Monsieur le Président, nos projections indiquent que l’année  2019 sera dominée par la préparation des élections de 2020 et à la mise en œuvre du plan national de développement du Burundi. Au nom de l’appropriation nationale qui est le principe directeur en matière de consolidation de la paix, les consultations politiques en vue de l’organisation des élections libres, transparentes et inclusives en 2020 se poursuivront au Burundi dans un esprit ouvert et constructif, donnant la voix à toutes les parties prenantes au processus.  A cet égard, le Burundi encourage les acteurs politiques non impliqués dans le putsch manqué du 13 mai 2015 encore en exil, de rentrer pour participer aux élections de 2020 et contribuer aux efforts de développement socio-économique en cours dans le pays. Il est hors de tout doute que la réussite du processus électoral de 2020 marquera un nouveau chapitre glorieux de l’histoire de notre pays et tournera définitivement la page sombre 2015.
Sur le plan sécuritaire, comme vous le savez, la situation au Burundi est calme, stable et entièrement maitrisée. Ce constat du retour à la normalité dans le pays est largement partagé par toutes les organisations sous régionales et régionales dont les délégations de haut niveau ont récemment visité le Burundi pour s’enquérir de la situation réelle du pays. La crise de 2015 est terminée. Elle est derrière nous même s’il reste des défis encore à relever sur le plan du développement socioéconomique. Certains partenaires encore hésitant devraient avoir le courage d’accepter ce retour à la normalité et tourner définitivement la page de 2015 et se tourner vers l’avenir du pays dans l’unisson de vision et d’approche.
S’agissant des Libertés d’expression, ma délégation souhaite vous informer que le Burundi a une bonne tradition  des libertés d’expression et une société civile très active. Ainsi, plus de 20 radios locales publiques et privées, 5 radios communautaires, 10 Radio-télévisions, 17 agences de presse locales et de communication,  24 journaux périodiques publics et privés, 26 sites internet, 8 Web TV, 4 magazines, 12 associations et organes professionnels de la presse sont opérationnels. Aux radios privées locales s’ajoutent 4 radios étrangères autorisées à émettre librement au Burundi. Bref, l’effectif des medias est passé de 94 en 2015 à 122 en 2018, soit une augmentation substantielle de 28 médias en 3 ans.
S’agissant de la société civile, le Gouvernement a déjà agréé plus de 6500 associations sans but lucratifs dont plus de 100 associations ont été agréées depuis le mois de janvier 2016. Vous vous souviendrez également 15 Associations Sans But Lucratif qui étaient sous investigations depuis le coup d‘Etat manqué du 13 mai 2015 ont été autorisées de rouvrir.
L’enregistrement des ONGe en conformité avec la loi nationale se poursuit à un rythme satisfaisant. 38 ONGe se sont déjà faites enregistrer et sont opérationnelles. Les dossiers de plusieurs autres ONGe sont très avancés et devraient reprendre leurs activités incessamment.
Pour ce qui est du retour des réfugiés, depuis 2016, environ 250.000 réfugiés sont de retour au pays. Ceux-ci incluent 55.495 réfugiés qui ont regagné le pays depuis la tripartite d’août 2017 (Burundi, Tanzanie, HCR). Ce mouvement de retour volontaire de réfugiés principalement en provenance de Tanzanie, du Kenya, de l’Ouganda et de la RDC se poursuit à un rythme de plus de 1000 retours par semaine. Toutefois, ma délégation voudrait réitérer sa demande légitime au HCR et aux amis de la région d’intervenir auprès de certains pays d’accueil qui tiennent en otage nos compatriotes en exil en érigeant des obstacles artificiels à leur retour volontaire au pays et de veiller à ce que les camps de réfugiés gardent leur caractère civil conformément à la convention de 1951 relative au refugiés.  Le HCR doit veiller à ce que les camps de réfugiés ne soient pas transformés de force en camps d’entrainement militaire ou paramilitaire.
Au chapitre de la promotion et la protection des droits de l’homme, le Gouvernement du Burundi attache une grande importance aux questions des droits de l’homme. Nous avons adopté une politique de tolérance zéro en la matière que nous nous efforçons de mettre en application. Nous adhérons avec conviction aux principes de l’objectivité, de l’universalité, la non sélectivité et de la non politisation des droits de l’Homme. Nous reconnaissons qu’il peut y avoir des cas isolés de violation des droits de l’homme comme ailleurs. C’est pour cette raison qu’en plus de la Commission Nationale Indépendante des droits de l’homme (CNIDH), le Gouvernement a mis sur pied des commissions d’enquête judiciaire pour mettre la lumière à certaines allégations  de violations des droits de l’homme depuis le début de l’insurrection.
Néanmoins, vous conviendrez avec moi que la promotion des droits de l’homme reste un processus long, ardu et parfois parsemé d’embûches. C’est un idéal à atteindre pour nous tous. Aucune nation n’a atteint le sommet même après plus de 100 ans de démocratie. Pour le Burundi qui vient de passer à peine 13 ans de démocratie, le chemin est encore long mais la volonté de bien faire est là et palpable. La Commission nationale indépendante des droits de l’homme est fonctionnelle et contribue énormément à l’amélioration de la situation des droits humains au Burundi.
En ce qui concerne la situation socio-économique, le Gouvernement du Burundi vient de se doter d’un Plan National de développement du Burundi 2018-2027 ». Ce Plan National est un document de référence qui donne les grandes orientations pour nous conduire vers le développement durable en l’an 2030. Au regard des défis que présente ce nouveau plan de développement, le Gouvernement du Burundi lance un appel à tous les partenaires bilatéraux et multilatéraux pour accompagner notre pays dans la mise en œuvre de ce plan dans un esprit de coopération mutuellement bénéfique et respectueuse.
S’agissant de la coopération dans les trois piliers d’action des Nations Unies, le pilier des droits de l’homme reste le maillot faible de la bonne coopération. Le Burundi estime que les relations conflictuelles et tendues entre le haut-commissariat aux droits de l’homme à Genève et le Burundi sont contreproductives pour les deux parties. Les pressions disproportionnées basées sur des rapports politiquement orientés n’ont jamais contribué à la promotion des droits humains nulle part au monde.  Pour nous, le dialogue et la coopération mutuellement respectueuse sont la seule voie idoine pour trouver des solutions aux questions qui nécessitent des réponses  concertées entre Genève et Bujumbura. Il s’agit ici d’une route à deux sens où chacun des usagers doit fournir des efforts pour éviter des collisions frontales en respectant bien évidemment le code de conduite qui est pour le cas d’espèce, la charte des Nations Unies.
Au niveau du pilier développement, le Burundi apprécie le travail de l’équipe pays des Nations Unies qui ne cesse d’accompagner le pays dans ses efforts de développement socio-économique. Le Plan Cadre des Nations Unies pour le Développement UNDAF 2019-2023 a été élaboré et adopté de commun accord entre le Gouvernement et l’équipe pays des Nations Unies à Bujumbura. L’UNDAF constitue désormais le principal outil d’intégration stratégique et de réponse des Nations Unies aux priorités nationales. Une telle présence de l’ONU pour s’occuper du développement est très utile pour le Burundi. Par contre, toute présence à caractère politique est inopportune. La définition de l’avenir politique du Burundi une affaire qui relève exclusivement de la compétence nationale.
S’agissant du pilier paix et sécurité, le Burundi est fier de participer activement et brillamment aux missions de paix des Nations Unies et de l’Union Africaine. Plus de six mille hommes et femmes Burundais sont déployés dans les différentes opérations de maintien de la paix principalement en Centrafrique et en Somalie. L’excellent travail de nos braves soldats en mission de paix qui ont choisi volontairement de sacrifier leurs vies en sauvant celles des autres loin de leur terre natale et dans des conditions particulièrement hostiles, doit être apprécié à sa juste valeur.
Monsieur le président, je ne saurai pas conclure mon propos sans réitérer encore une fois notre appel au Conseil de sécurité afin qu’il ait le courage de retirer le Burundi de son agenda. La situation politico-sécuritaire actuelle dans le pays est calme et stable. Elle est loin de constituer une menace à la paix et la sécurité internationale, domaine de compétence de ce Conseil. L’organisation des réunions intempestives sur le Burundi sur base d’une résolution obsolète qui ne cadre plus avec la réalité du terrain, pourrait devenir un facteur de déstabilisation du pays. La majorité des Etats membres dont certains sont membres de ce conseil ignorent les vraies raisons qui sont derrière l’acharnement disproportionné contre le Burundi, un pays dont le retour à la normalité n’est plus à démontrer. L’histoire retiendra que mon pays a été maintenu à l’agenda du Conseil injustement pour satisfaire des intérêts étrangers. Comme je l’ai bien dit le 9 août dans cette même salle,  le temps précieux que le conseil de sécurité consacre généreusement au Burundi devrait être alloué aux autres zones de tensions et de conflits qui sont légion en ce moment.

         Je vous remercie !

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