Par simplification sociale, l’administration coloniale belge a joué un rôle déterminant dans le renforcement des frustrations au sein des familles dites hutu que chez les familles dites tutsi et les twa, induisant de facto, les divisions dites ethniques, les tensions ethniques comme corollaire et les conflits cycliques comme conséquence.

Après l’assassinat du prince Louis Rwagasore, la scène politique burundaise devient un terrain d’intrigues et d’instigations pour le contrôle et la confiscation du pouvoir. L’aboutissement sera que le pouvoir tombera entre les mains d’un petit groupe politico-militaire d’extraction de familles Hima.
Les responsables de ces crimes n’ont jamais été inquiétés, ce qui a perpétué le culte de l’impunité et renforcé les frustrations des victimes.

Plusieurs observateurs tant nationaux qu’internationaux et ce depuis plusieurs décennies, essayent de comprendre les différentes crises qui secouent le Burundi d’une manière cyclique et dont la périodicité dépend de certaines variables qui changent d’importance en fonction des spéculations du moment. La grande question qui se pose est d’expliquer ces violences cycliques qui se caractérisent par des centaines de milliers de pertes en vies humaines, la dégradation de la vie sociale et économique et des centaines de milliers de gens qui fuient leur patrie

Actuellement, l’application de l’accord d’Arusha signé dans un contexte plutôt suspicieux par les parties qui étaient en négociation, montre déjà ses limites en ce qui concerne la résolution du conflit burundais. Il est dès lors intéressant de sonder les autres angles de vision, afin de saisir par approches successives la signification du contenu des enjeux qui se jouent au sein de la classe politique, de comprendre sa motivation profonde quand elle affirme qu’elle veut œuvrer pour résoudre la question burundaise.

Avant la colonisation, le Burundi était une royauté sacrée dont le Roi jouissait d’une légitimité socialement attestée et incontestée de tous. La structure politique était connue de tous et les liens tant politiques que sociaux respectaient un code socioculturel scellé dans les mœurs et les « imiryango » jouaient un rôle déterminant pour l’exercice desdites fonctions qu’on peut nommer administratives. On s’identifiait essentiellement comme Umwenengwe, Umujiji, Umuhondogo, Umuhanza, Umuyanzi, ….. ainsi de suite, plus de 200 miryango (familles) sont répertoriées au Burundi. Administrativement et par simplification, on a cristallisé toutes ces familles en Hutu, Tutsi et Twa. Cela devait dorénavant figurer sur les cartes d’identité.

Le citoyen burundais est maintenant réduit principalement à sa vague identité ethnique et non à son identité léguée par ses Aïeux à son muryango. Dans les accords d’Arusha on parle peu du peuple burundais ou de la nation burundaise, mais des hutu des tusti et des twa dont il faut réguler la présence et le dosage dans toutes les institutions de l’Etat. Le substrat de cet accord politique ne renforce que cette logique héritée de la colonisation. On peut vraiment parler d’un rejet de la notion du peuple burundais et de l’Etat nation.

Un Etat de droit doit principalement garantir à tous ses citoyens les mêmes droits et libertés fondamentaux tel que stipulé dans la Charte universelle des Droits de l’Homme et ne pas remettre en cause le principe d’égalité entre les Hommes devant la Loi. Si non comment garantir les mêmes chances pour tous les citoyens ou gérer l’Etat de façon équitable et juste pour tous ? Quand on parle « démocratie » il faut bien s’entendre sur ce qu’on met en place pour œuvrer conformément à cet idéal dont la personne humaine est au centre et le principal bénéficiaire par le respect des principes fondamentaux d’égalité, de démocratie et de liberté.

Pour y arriver il faudra bien faire l’exercice de mettre en avant « les réalités du pays » et notamment privilégier le bon devenir du citoyen burundais dans ce qu’il est comme être humain en commençant par lui reconnaître son identité héritée de ces ancêtres son « muryango », de là organiser l’Etat de telle sorte qu’il en soit le moteur, l’acteur et le bénéficiaire de son environnement national. Ainsi bâtir un système démocratique inspiré par les réalités de notre pays et qui assure la sécurité et la justice pour tous et qui soit fondé sur les valeurs de l’unité et d’égalité sans exclusion

Ruvyogo Michel