Ce lundi 27 juillet 2015, au palais des congrès de Kigobe, a été ouverte la première session de l’assemblée nationale pour la législature 2015-2020. Les caméras étaient braquées sur les rues menant à l’hémicycle dès le matin. Agathon Rwasa, chef incontesté de l’opposition et candidat arrivé au deuxième rang dans la présidentielle, a fait son entrée très remarquée. Il a pris place à son siège. Désormais il faut l’appeler Honorable Agathon Rwasa! 18 autres candidats élus sous les couleurs de la coalition Amizero y’Abarundi et se réclamant du FNL palipehutu non reconnu par le pouvoir ont également répondu présents à la convocation faite par le président de la république. Cette présence de Rwasa a retenu l’attention de tous les médias et a suscité bien des commentaires.

Charles Nditije, un allié de Rwasa, ainsi que les autres députés de la coalition Amizero y’Abarundi mais de l’UPRONA non reconnu par le pouvoir, ont boudé la session. Ce qui a fait croire à un divorce entre les deux ailes politiques que rien ne semblait prédestiner à se coaliser! Tatien Sibomana, proche de Nditije a confié à quelque journaliste que son groupe ne pouvait pas siéger au parlement du moment qu’il ne reconnaît pas le scrutin et ses résultats. Il a déclaré que l’opposition radicale réclamait toujours le respect de l’accord d’Arusha et le retrait de Nkurunziza.

De son côté par contre, Agathon Rwasa a invité le groupe proche à Nditije à reconnaître que les Burundais ont voté en faveur de la coalition Amizero y’Abarundi et qu’il ne fallait pas les décevoir. Il s’est dit optimiste à l’idée de voir tous les députés élus sous l’étiquette de la coalition Amizero y’Abarundi participer aux prochaines séances. Agathon Rwasa s’en est pris plutôt à la communauté internationale qu’il accuse d’avoir échoué à faire plier le président Nkurunziza et obtenir la mise en application des recommandations et résolutions de l’Union Européenne, de l’Union Africaine et de la communauté Est Africaine. Une manière d’avouer que sa décision de siéger au parlement participe d’un réalisme politique.

Du côté du CNDD-FDD, l’on se félicite de cette sage décision de l’opposant Agathon Rwasa. L’on fait remarquer que si les 11 autres députés ne se présentent pas ou déclinent officiellement les sièges, le Règlement d’ordre intérieur et la loi vont s’appliquer pour demander au chef de la coalition de proposer d’autres noms ou tout simplement demander aux suppléants de récupérer les sièges vacants. Ce qui ne risque pas de se produire car les tractations allaient bon train du côté du groupe de Nditije et on signalait le retour au Burundi de Bernard Busokoza pour occuper son poste. D’autres sources proches du pouvoir disent que certains députés élus comme Yves Sahinguvu n’a seraient pas décliner l’offre comme par le passé pour le ministère de la santé. Yves Sahinguvu serait sur une liste des personnes qui ont organisé les violences du côté de Mukike et Rusaka lors des troubles qualifiés pudiquement de manifestations pacifiques par les Occidentaux!

L’entrée de Rwasa au parlement est vécue par l’opposition radicale comme une catastrophe. Les plans de gouvernement en exil s’écroulent. C’est aussi la grande déception du côté des frondeurs et de tous les activistes qui comptaient sur le score de Rwasa et son entêtement à décliner les suffrages en sa faveur pour rendre la vie dure au pouvoir de Nkurunziza. Celui-ci vient de gagner un appui déterminant aux yeux de la communauté internationale. Tout ce qui a été avancé comme boycott n’a plus de pertinence. C’est l’opposition qui va recevoir une douche bien froide et susciter plus de méfiance!

Ce faisant, Rwasa confirme qu’il n’a jamais porté les manifestations dans son coeur et qu’il a placé son espoir dans ses électeurs tout en étant tout simplement discret. Rien n’empêche désormais à Rwasa de pousser à une révision de la constitution pour que sa coalition entre au gouvernement. Cette stratégie qui aurait dû prévaloir en 2010 pourrait renforcer la personnalité de RWASA et augmenter ses chances de gagner en 2020. Rwasa est de plus en plus courtisé et il semble avoir compris que s’il a des députés, des ministres, des cadres et des diplomates, bien des militants du CNDD-FDD vont facilement changer de camp. Car en dix ans de règne, le CNDD-FDD a déçu sur plusieurs plans.

L’arrivée de Rwasa est une bonne chose pour la démocratie car le CNDD-FDD fait face à un rival de taille. Reste à savoir ce que les partenaires du Burundi en pensent et les conséquences de cette donne sur les condamnations hâtives des résultats du scrutin législatif et présidentiel. Ce qui est certain, Rwasa vient de prouver qu’il sait dribbler ceux qui croient le manipuler ou s’en servir à des fins machiavéliques. Il doit faire attention car si l’on le traite de traître, ses alliés d’hier ne se gêneraient pas de chercher sa peau.

En effet, il y a eu beaucoup de morts lors des manifestations pour chasser le CNDD-FDD du pouvoir. Il y a eu beaucoup de mensonges sur les défections de ceux qui se proclamaient poids lourds du CNDD-FDD. Il y a eu des complicités cruelles contre le régime de Bujumbura du côté des Occidentaux. Si seuls les intérêts comptent entre les États, une leçon doit être tirée de ce camouflet infligé aux spins doctors européens, à commencer par les diplomates et les envoyés spéciaux dans la région des Grands Lacs. C’est le Burundi qui gagne et il faut espérer un profil bas des fauteurs de troubles. Pour la paix.

Editeurs B-24