Moscou se dote du plus grand dispositif de reconnaissance faciale au monde

La semaine dernière, le monde entier a réagi de manière presque paranoïaque au succès de FaceApp, une application russe qui génère une version plus âgée de vous-même. Entre-temps, le conseil municipal de la capitale russe, Moscou, déploie tranquillement le plus grand dispositif de reconnaissance faciale au monde.

Ce système sera développé en collaboration avec Sberbank, la plus importante institution financière de Russie. Ces dernières années, la banque a collecté les données biométriques de dizaines de millions de Russes. Le gouvernement de la ville de Moscou a lancé un appel d’offres pour l’achat de 105 000 caméras vidéo équipées d’un logiciel de reconnaissance faciale. À l’heure actuelle, la ville compte à peine 1 500 caméras de ce type, mais elles ont déjà permis à la police d’arrêter plus de 100 criminels.

Les caméras ont d’abord été déployées lors de manifestations dirigées par le chef de l’opposition russe Alexey Navalny. En outre, lors de la Coupe du monde de football l’année dernière, les caméras ont permis d’identifier 180 hooligans recherchés. Chaque fois que les caméras détectent une personne suspecte, un logiciel envoie un message de la salle de contrôle au smartphone des agents de police à proximité. Le coût du projet s’élève à 45 millions d’euros. Ce n’est pas vraiment une somme insurmontable pour construire le plus grand dispositif de reconnaissance faciale au monde.

Un système qui ne se compare qu’à ce qui existe en Chine

Trois candidats ont postulé pour le projet. L’un d’eux est Ntechlab, une société fondée par des personnes proches de Vladimir Poutine. Roman Abramovich, plus connu pour être le propriétaire du club de football de la Premier League anglaise FC Chelsea, est l’un des financiers. Les deux autres candidats sont des entreprises dans lesquelles la Sberbank a pris des participations : Speech Technology Center et VisionLabs.

Selon les initiés, lorsqu’il sera pleinement actif, le système de reconnaissance faciale de Moscou pourra facilement rivaliser avec les systèmes opérationnels en Chine. La coopération avec la Sberbank en particulier ouvre de nombreuses opportunités. Depuis l’an dernier, la banque a commencé à recueillir des données biométriques auprès de ses 93 millions de clients. Selon le CEO de la firme, la banque possède déjà des » millions de profils « .

Tout semble donc indiquer que la Russie deviendra bientôt le deuxième acteur le plus important dans le domaine des systèmes de reconnaissance faciale après la Chine. La Russie copie souvent ses solutions technologiques des Chinois. Les Russes n’ont peut-être pas la censure sur Internet comme leurs voisins chinois, mais en termes de reconnaissance faciale, ils sont effectivement des leaders mondiaux.

Toute personne visitant Moscou sera bientôt confrontée à des caméras dans toutes les rues et sur tous les bâtiments.

Dominique Dewitte