Excellence Monsieur le président François Hollande,

Permettez moi d’abord de présenter mes condoléances au peuple français et plus particulièrement aux familles qui ont perdu les leurs dans les attentats perpétrés par des terroristes à Paris le 13 novembre 2015. La France vient encore une fois d’être endeuillée par des djihadistes qui ont du mal à s’adapter à la démocratie et la liberté françaises.

Monsieur le président François Hollande, le Burundi, ma patrie est aussi dans une situation où les gens armés sèment la terreur dans certains quartiers de Bujumbura. Je sais que vous êtes informés, mais j’ai des inquiétudes sur le sens que vous donnez aux informations que vous disposez, raison pour laquelle je me permet de vous écrire cette lettre pour vous expliquer les racines de la crise burundaise.

Monsieur le président François Hollande, contrairement à ce qui se dit dans certains médias et ce qui est propagé par certains politiciens et individus burundais, ce n’est pas le gouvernement du Burundi qui tue sa population, ce n’est pas lui qui fait fuir sa population. Ce sont les insurgés assimilables aux terroristes qui sont à la base de ce qui vit une partie de la capitale Bujumbura.

Monsieur le président François Hollande pour en arriver là et pour mieux comprendre ce qui se passe actuellement, il faut remonter quelques années en arrière. Depuis l’époque de l’indépendance, le Burundi a toujours été plongé dans des conflits ethniques entre les hutus majoritaires (85 o/o) et le tutsis minoritaires (14 o/o) et c’est la faute à la Belgique pour son système colonial de diviser pour régner. Mais avec le courant de la démocratisation des pays africains, le Burundi a en 1993 élu de façon démocratique le premier président hutu de l’histoire du Burundi, Monsieur Melchior Ndadaye. Juste après sa victoire, des manifestations ont été organisées dans les quartiers Musaga, Nyakabiga, Ngagara et Cibitoke pour s’opposer au verdict démocratique . De même trois coups d’État contre le président Ndadaye ont été déjoué avant même son investiture. Depuis lors une vaste campagne de dénigrement, d’injures racistes a été lancée pour discréditer et disqualifier le programme politique du président Ndadaye. Jusqu’à ce que la nuit du 21/10/1993 soit fatale, ceux qui ont peur de la démocratie, ceux qui méprisent la volonté populaire ont passé à l’action et ont de façon ignoble décapité notre cher président Ndadaye et ses proches collaborateurs. Le Burundi a sombré dans le chaos. La communauté internationale qui nous chantait les bienfaits de la démocratie nous a tourné le dos, les organismes internationaux de droits de l’Homme se sont excellés aux abonnés absents. Abandonnés à nous même, nous avons pris notre destin à main pour défendre notre démocratie volée jusqu’à ce que les négociations paix d’Arusha commencent. Pendant ces négociations les mêmes fossoyeurs de la démocratie qui ne voulaient pas respecter la volonté de la majorité du peuple burundais, ont mis des réserves, signe qu’ ils ne croyaient pas en ces accords. Par ailleurs le jour de la signature de ces accords, une tension ethnique était visible dans quartiers de Nyakabiga, Ngagara et Cibitoke, même aux campus universitaires de Bujumbura. En plus, de ces accords, est né l’actuelle constitution que ces mêmes fossoyeurs de la démocratie ont rejetée lors du référendum.

Monsieur le président François Hollande, vous comprenez alors combien l’historique du conflit burundais n’est pas à apprendre d’une seule source, celle qui a été toujours du côté des oppresseurs. Comme vous le constatez depuis 1993, ce sont les mêmes quartiers et les mêmes individus qui actuellement sont résolus à en découdre avec le gouvernement de Pierre Nkurunziza qui a été bel et bien élu démocratiquement.

Monsieur le président François Hollande, je comprends que des lobbyistes et des fossoyeurs de la démocratie au Burundi vous ont fait comprendre que le président Pierre Nkurunziza a violé les accords d’Arusha, que eux mêmes ne croient pas. Par ailleurs ces accords sont-ils au dessus de la constitution? Évidemment non. Or Pierre Nkurunziza n’a pas non plus violé la constitution. Ceux qui pensent le contraire , ce sont les mêmes qui l’ ont rejetée lors du référendum. Alors Monsieur le président François Hollande, comment croire aux dires des gens qui actuellement sont les défenseurs farouches des accords qu’ ils avez détesté et à la constitution qu’ ils avez rejeté? Comment se fait-il que vous croyiez aux dires et vous compreniez les agitations des quartiers qui depuis longtemps sont des bastions des anti démocratie au Burundi?

Monsieur le président François Hollande, si Pierre Nkurunziza a été porté candidat par son parti est-il vraiment logique Que les membres des autres partis refusent sa candidature? Ou c’est à la cour constitutionnelle de trancher et aux urnes de dire le verdict? Est ce que votre parti PS peut-il refuser la candidature du Républicain Nicolas Sarkozy? Non seule la cour constitutionnelle peut dire oui ou non. Alors Monsieur le président, pourquoi le Burundi? Pourquoi Pierre Nkurunziza? Ce qui est bizarre dans cette crise, c’est le comportement de la Belgique. Pour le gouvernement belge, il justifie sa prise de position par rapport au 3ème mandat du fait qu’ il a essayé de conseiller Nkurunziza Pierre de ne pas briguer ce mandat arguant que l’opposition et la société civile allait s’y opposer farouchement. Que donc la situation actuelle du Burundi découle de l’entêtement de Pierre Nkurunziza. Est ce un argument vraiment? La Belgique doit-elle seulement obéir aux desiderata de l’opposition et la société civile seulement? Pourtant, Monsieur le président François Hollande, la même situation s’est posée au Sénégal quand Abdoulaye Wade s’est présenté pour le troisième mandat. Des contestations se sont produites dans les rues de Dakar mais, la France a joué un rôle important pour calmer la situation et delà par la voie des urnes Wade a été battu et le Sénégal est toujours debout. Alors pourquoi cette recette sénégalaise n’a pas été proposée aux opposants burundais? C’est à dire faire une coalition forte pour battre Pierre Nkurunziza par les unes? Monsieur le président François Hollande, il est clair que tout simplement l’opposition burundaise a peur des élections. Ce sont donc les mêmes qui depuis 1993 s’opposent au mode de suffrage universel et qui actuellement par hypocrisie sont les vrais défenseurs de la démocratie.

Monsieur le président François Hollande, certains pour vous convaincre, essaient de vous dire que même les anciens proches collaborateurs du président Nkurunziza Pierre se sont désolidalisés de lui. Que c’est par conséquent la preuve que tout ce qui se dit sur le gouvernement burundais est vrai. Non Monsieur le président, si tout ce que disent certains français sur leur propre pays la France était considéré comme vrai, la France aurait une autre image. N’y a- t-il pas des français qui affirment que la France et son armée sont impliquées dans le génocide rwandais? Faut-il alors prendre ces affirmations comme vraies pour la simple raison que ce sont des français qui le disent? Non certainement pas. Voilà pourquoi tout ce vous raconter certains detracteurs du gouvernement burundais n’est pas aussi vrai.

Monsieur le président François Hollande, la situation actuelle du Burundi mérite une analyse profonde et non partisane. Quand le président rwandais Paul Kagame s’en prend aux institutions burundaises qu’ il y a génocide en préparation au Burundi, vous le croyez vraiment? Quel autre pays au monde qui maitrise mieux les manigances et l’arrogance de Paul Kagame que la France? Quel autre président au monde plus meurtrier que Paul Kagame? Et n’est ce pas qu’ il vient de changer la constitution pour briguer le nième mandat? La communauté internationale ne dit rien, la bouchée est bien cousue. Pourtant lors de votre discours à Dakar vous aviez dit quelque chose à propos des présidents africains qui changent leurs constitutions. Pourquoi alors Pierre Nkurunziza qui par ailleurs n’a pas changé la constitution est vilipendé et mis sur la sellette?

Monsieur le président François Hollande, tout ça est pour vous montrer que nous qui savons ce que nous avons enduré depuis des décennies sous différents pouvoirs dictatoriaux et sous le parti unique, nous qui avons vécus dans la douleur pendant les différents conflits, vous devrez nous écouter pour bien comprendre nos versions des faits. Si actuellement la France est en guerre contre le terrorisme, comprenez aussi que le Burundi fait aussi face depuis longtemps aux gens qui ne veulent pas la démocratie, qui ont peur des urnes et qui nous imposent chaque fois la guerre. Ce que fait actuellement la police française quand il y a des gens armés dans les quartiers de Paris, c’est ce que fait la police burundaise dans les quartiers historiquement anti démocratie. À la seule différence qu’au Burundi les insurgés tuent, decapitent des innocents citoyens, paralysent la vie des burundais et sans ni honte ni regrets mettent toutes ses exactions au dos du gouvernement et ensuite la communauté internationale bénie ces insurgés et ironie du sort, condamne le gouvernement burundais.

Monsieur le président François Hollande, vous comprenez combien nous le peuple burundais qui avons mis confiance en ce gouvernement, sommes sidérés par cette incompréhension ou cette injustice de la communauté internationale? Pourquoi vous demandez chaque fois des résolutions onusiennes pour nous étrangler? Pourquoi vous ne vous efforcer pas à comprendre que nous aussi avons droit de diriger notre pays?

Monsieur le président François Hollande, vous faites un marathon diplomatique pour convaincre vos alliés dans la lutte contre l’axe du mal qui menace la république française soit disant au nom d’Allah alors s’il vous plait aidez nous aussi à combattre les insurgés qui menacent notre jeune démocratie soit disant au nom de “Sindumuja”(pas de 3ème mandat).

Monsieur le président François Hollande, nous sommes convaincus que toutes les décisions qui se prennent sur le Burundi sont basées sur des informations diffamatoires et incorrectes et tôt ou tard la vérité finira par triompher. Le gouvernement du Burundi est victime de ce qu’ il est et non de qu’ il fait.

Vive la France, vive le Burundi.