Frontière congolo-rwandaise, personne ne se lave les mains malgré Ebola

“Lavez vos mains pour prévenir la maladie à virus Ebola”: la phrase pré-enregistrée sort d’un mégaphone et tourne en boucle au vieux poste-frontière entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu et ville-carrefour où a été enregistré un premier cas de fièvre hémorragique dimanche. 

Des points d’eau chlorée pour le lavage des mains sont installés depuis des mois de part et d’autre de la “petite barrière” (par opposition à la “grande” flambante neuve sur la corniche au bord du lac Kivu).

Des agents de santé portant des gilets jaunes fluo surveillent le mouvement des passants, dont ils prennent la température – qu’ils entrent en RDC ou qu’ils retournent au Rwanda.

L’endroit est fréquenté par des milliers de personnes chaque jour, même si Kigali a demandé depuis lundi à ses ressortissants d’éviter tout voyage dans l’est du grand pays voisin où l’épidémie a été déclarée le 1er août 2018..

Quasi-impossible en pratique. Certes, il n’y a pas de libre-circulation de type Schengen entre les deux pays. Mais un document délivré par une entité sous-régionale (la Conférence internationale pour la Région des Grands Lacs, CIRGL) évite les “tracasseries” liées aux demandes de visas.

Des centaines de Congolais vivent à Gisenyi, la ville rwandaise jumelle de Goma, où la vie est plus douce. Ils traversent la frontière dans les deux sens tous les jours. Des petits commerçants rwandais ne sont pas en reste.

“Je viens du Rwanda pour amener cette marchandise ici à Goma”, dit un Rwandais, Faustin Habarima, une personne handicapée de 35 ans qui vend du riz. “Avec cette maladie, maintenant, chez nous à Gisenyi, les gens ont peur de nous quand nous revenons de Goma”, ajoute-t-il.

“Je viens voir ici à Goma l’école où étudient mes enfants. Si Ebola continue, je ramènerais mes enfants à l’école congolaise de Kigali car Ebola est une maladie très dangereuse”, poursuit Pascal Dusabe, 40 ans.

Alphonsine Kanyere, mère de famille congolaise de 30 ans, fait le trajet dans l’autre sens pour aller faire des courses à Gisenyi.

“Cette maladie d’Ebola nous fait peur maintenant. Mais que faire, tant que le Rwanda n’aura pas fermé ses frontières nous irons toujours là”, dit la mère de trois enfants.

“Nous ne savons pas si toutes les personnes +contacts+ ont été repérées”, ajoute-t-elle en allusion au vocabulaire des équipes de la riposte anti-Ebola (un “contact” est une personne qui a été en contact avec un patient porteur du virus de la fièvre hémorragique).

Le patient diagnostiqué dimanche au Centre de traitement d’Ebola (CTE) a eu “97 contats au sens large” qui ont été “déjà été listés à ce jour”, d’après le ministre de la Santé.

“Ce lundi 15 juillet 2019, 37 contacts à haut risque et 40 contacts de contacts du cas confirmé de Goma ont été vaccinés”, ajoute l’autorité sanitaire au sujet de ce patient déjà décédé lundi lors de son transfert vers Butembo (au nord de Goma).

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), doit annoncer ce mercredi soir si oui ou non l’épidémie qui a tué 1.676 personnes en RDC en un an doit être élevée au rang d'”urgence de santé publique de portée internationale”.

Le Rwanda croise les doigts, tout comme le Burundi plus au sud. Deux cas avaient été enregistrés en Ouganda en juin, deux frères congolais qui sont morts de la maladie. Après 21 jours (période d’incubation), il n’y a plus de risques de transmission en Ouganda, selon les autorités de Kampala.

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La Libre