Jour pour jour, le Burundi commémore le 22e anniversaire de l’assassinat du président Cyprien Ntaryamira. Mort dans des circonstances violentes sur le sol rwandais, il est le deuxième président que le Burundi a perdu après une très courte durée à la présidence de la République, laissant au peuple burundais un vif soif de voir ce qu’il lui réservait. Dans son discours lors de son investiture, le rétablissement de la discipline dans différents organes du pays était parmi ses préoccupations. Où est-on aujourd’hui ?

Le Burundi commémore le 6 Avril 2015, le 22e anniversaire de la mort de Cyprien Ntaryamira. Après deux mois à la tête du gouvernement, M. Ntaryamira a péri dans un attentat, survenu à Kigali le 6 avril 1994, contre l’avion du président rwandais d’alors, Juvénal Habyarimana, dans lequel se trouvaient également les ministres Bernard Ciza et Cyriaque Si-mbizi. Cependant, un silence des plus hautes autorités du Burundi après la mort du numéro un du pays et ses compagnons du Frodedu a grandit progressivement laissant des doutes chez le peuple Burundais. Certains se souviennent encore de lui et se posent la question sur la suite qui a été réservée à cet assassinat, d’autres ont commencé même à l’oublier.

L’ancien compagnon politique de Cyprien Ntaryamira , Jean de Dieu Mutabazi n’est pas satisfait de la situation politique dans le pays comparativement à ce que prônait notre cher regretté Ntaryamira. En effet, dit-il, « l’héritage inoubliable de cet illustre personnalité est essentiellement centré sur la discipline, et qui dit discipline dit ordre, et qui dit ordre dit respect de la loi ». Ainsi, poursuit-il, «quand nous analysons la situation qui prévaut pour le moment, où des hommes politiques dont leurs partis politiques sont régis par une loi, des sociétés civile régies par une loi, des militaires et les policiers régis par des lois sur leurs corps ainsi que la Constitution. Si on regarde les manifestations qui sont aussi régies par la loi, bref tout l’arsenal des lois burundaises montre bien que la discipline et l’ordre devraient normalement être observés». Mais, déplore M. Mutabazi, depuis le mois d’avril 2015, on a observé un mouvement de manifestation insurrectionnelle et des tentatives de coup d’Etat, des attaques sur les camps militaires et des assassinats ignobles ici et là. A cela s’ajoute des mouvements terroristes des lanceurs de grenades sur les innocents ; ce qui montre que l’héritage du feu Président Ntaryamira Cyprien est toujours d’actualité. « Si personne ne respecte pas la loi, le pays devient la jungle où le plus fort engloutit le plus faible. Nous sommes toujours écœurés que des partisans de l’opposition radicale ignorent le jugement de la Cour constitutionnelle et de la Cour de la Communauté est-africaine en faveur du Président Pierre Nkurunziza sur la question de son dernier mandat présidentiel », dit M. Mutabazi.

Dans son discours, Cyprien Ntaryamira a insisté sur la discipline. La période dans laquelle le Burundi se trouvait à ce moment le dictait. En effet, le pays était dans une déconfiture dans tous les domaines de la vie du pays. Il fallait en fait rétablir la discipline chez les ex forces armées burundaises, la discipline dans les corps de sécurité, la discipline dans l’administration, la discipline dans les partis politiques, la discipline dans les écoles, la discipline chez les jeunes, la discipline partout.

Aujourd’hui, il est vraiment hésitant de parler de la discipline dans différents organes comme le rêvait l’ancien Chef d’Etat décédé. En effet, l’opposé de ce dont M. Ntaryamira voulait remettre dans les files et dans les rangs, « la discipline », se fait parler d’elle dans différents organes, dans différents secteurs de la vie et dans différentes catégories de gens surtout avec les élections de 2015. Cette qualité a souvent manqué dans les confessions religieuses et les organisations des jeunes affiliés aux partis politiques.

Au niveau de l’administration, tout n’est non plus parfait car, des cas de corruption, la lenteur dans les services, ou tout simplement le non respect de la déontologie professionnelle sont relevés. Jean de Dieu Mutabazi lance un appel à ses collègues leaders des partis politiques de tout mettre en œuvre pour faire respecter la loi en cas de mécontentement, de recourir aux mécanisme prévus par la loi dans leurs revendications. Au nom de son parti, le Rassemblement des démocrates pour le développement au Burundi, ses partis amis et l’opposition pacifique, il dit qu’ils attendent impatiemment que la lumière soit faite sur les circonstances de son assassinat sur le sol rwandais. Il condamne encore une fois les responsables de cet assassinat ignoble qui a endeuillé le peuple burundais. M. Mutabazi réitère ses tristes condoléances au peuple burundais, à la famille du feu Ntaryamira, à ses proches collaborateurs et au parti Frodebu.

Biographie de Ntaryamira

Né le 6 mars 1955 sur la colline Gitwe, dans la zone Mageyo, commune de Mubimbi, province de Bujumbura, Cyprien Ntaryamira suit l’école primaire à Rushubi jusqu’en 1968, puis le cycle d’orientation du Collège du Saint-Esprit de Bujumbura.

En 1972 il se réfugie au Rwanda où il reprend ses études des humanités de 1973 à 1976, en section scientifique au Collège de Rilima, dans la préfecture de Kigali. C’est à l’Université Nationale du Rwanda qu’il obtient son diplôme de Bachelier en sciences en1979 ainsi que celui d’Ingénieur Agronome en1982.

Co-fondateur, au Rwanda du Mouvement des Etudiants Progressistes Barundi (Bampere, une branche du Meproba, dont le siège est à Bruxelles), il y occupe la fonction de responsable du département de l’information. En décembre 1979, il fonde avec M. Salvator Buyagu, Melchior Ndadaye, Jérôme Ndiho, Festus Ntanyungu, Jean Ndikumana, Sylvestre Ntibantunganya et d’autres, le Parti des travailleurs Barundi (UBU), de tendance socialiste, où il est chargé de la formation politique et idéologique.

En mars 1983, il rentre au Burundi comme précurseur de Melchior Ndadaye et travaille d’abord comme conseiller à la direction générale de la Planification agricole. Puis, en janvier 1984, il dirige la région cotonnière nord à la Cogerco.
Cependant, en mai 1985, il est incarcéré à la prison de Mpimba pendant une année, pour des motifs strictement politiques, sans avoir bénéficié de la moindre forme de procès. En fait, il lui était reproché de diriger un réseau d’opposition politique clandestin (l’UBU en l’occurrence) au régime de Bagaza, qui ne le tolérait pas. Pour la petite histoire, il semblerait que ce soit sur l’intervention personnelle de Madame Bagaza, une amie d’enfance, qu’il ait été mis en liberté.

C’est l’époque de la création, clandestine, du parti Sahwanya-Frodebu, fondé par « les douze », entre autres M. C. Ntaryamira, M. M. Ndadaye et L. Nyangoma, en août 1986 dans un quartier populaire de Gitega.

Cyprien Ntaryamira, tout comme Melchior Ndadaye fait partie de l’aile, devenue majoritaire au sein de l’UBU, favorable à une adaptation idéologique, répondant au nouveau courant perceptible dans les relations internationales. Avec la création du Front pour la démocratie au Burundi, c’est désormais l’option de la voie pacifique, légale et électoraliste pour la transition démocratique qui l’emporte au détriment de la voie révolutionnaire originelle. L’essor du Frodebu s’appuie notamment sur l’alliance avec d’autres formations, y compris celles d’inspiration non-socialiste, d’où le sens du mot « front ». Cyprien Ntaryamira devient membre du Bureau politique et responsable chargé des questions économiques du Frodebu.

Après avoir été directeur général de l’Agriculture et de l’élevage à partir de décembre 1987, il est nommé ministre de l’Agriculture et de l’élevage en juillet 1993, dans le gouvernement de Sylvie Kinigi, sous la présidence de S.E. le président Melchior Ndadaye.

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