Ce jour-là, le 8 juillet 1966 : Charles Ndizeye détrône son père (Iwacu 12/7/2014)

Un geste maladroit et fatal pour lui. Quatre mois plus tard, il sera renversé par son premier ministre. Mettant ainsi fin à la monarchie séculaire pour instaurer la République.

« En ma qualité d’héritier du trône, il est de mon devoir d’assumer aujourd’hui tous les pouvoirs et les fonctions de chef de l’Etat et ce, dans l’intérêt de nos institutions. » Par cette décision, Charles Ndizeye opère une révolution de palais et dépose son père, le roi Mwambutsa IV Bangiricenge.

Le même jour, il prend d’autres décisions : révocation du gouvernement Biha. En attendant la formation du nouveau gouvernement, le secrétaire d’Etat à la Justice, ceux du Plan et de la Gendarmerie assureront les affaires courantes sous la présidence du secrétaire d’Etat à la Défense nationale. La gestion administrative courante sera assurée par les directeurs généraux dans les limites de leurs attributions. Charles Ndizeye promet dans les brefs délais une Constitution « qui répond aux réalités du pays et aux aspirations réelles de notre peuple. »

Mais que reproche-t-il réellement au régime en place ? Selon Ndizeye, depuis l’indépendance et suite à la mort du prince Louis Rwagasore, une carence d’autorité a sévi dans le pays : des intrigues se sont développées, les gouvernements se sont succédé à un rythme effarant à la faveur d’un pouvoir hésitant.
D’après lui, des assassinats se sont multipliés, des complots sont journellement ourdis, le népotisme et la corruption se sont installés à tel point que de gros appointements sont versés à des inactifs. Il n’oubliera pas de dénoncer les manquements de son père : « Depuis neuf mois, le pays est cruellement privé de son chef et de son guide le plus sûr. Il ne semble pas, hélas, que cette situation doive bientôt changer. » C’est ce constat qui pousse Charles Ndizeye à prendre cette décision « afin d’épargner une plus grande dégradation des institutions auxquelles nous tenons tous. »

Jeunesse, si tu savais… !

A 19 ans, Charles Ndizeye ne pouvait pas prendre seul une aussi grande décision. Il a eu des conseillers, mais certainement pas les amis du roi Mwambuta ou de la monarchie. En effet, cette institution avait duré plus de quatre siècles, avec ses forces et faiblesses. Pendant toute cette période, le pouvoir royal a pu construire sa mythologie autour de certaines pratiques, parfois occultes dans l’esprit d’un Murundi lambda. Un roi ne s’autoproclamait pas, il y avait des conseillers à la cour qui jouaient ce rôle.
N’est-ce pas qu’on nous disait qu’un roi naissait avec des semences dans la main ? En procédant ainsi, Charles Ndizeye, 19 ans, vient de démystifier l’institution. C’est ainsi que lors de son intronisation sous le nom dynastique de Ntare V, le 1er septembre 1966, au confluent de la Mucece et de la Nyavyamo, les cérémonies n’ont pas suivi les rites traditionnels.

Aussi, Michel Micombero qui est à la fois premier ministre, ministre de la Défense et de la Fonction publique ne ratera-t-il pas cette occasion. Il va d’abord révoquer ceux qui peuvent le déranger, notamment les ministres d’Etat André Muhirwa, Albin Nyamoya, Thaddée Siryuyumunsi, le 6 août. Pour s’entourer ensuite de ses proches : Arthémon Simbananiye pour la Justice et le major Albert Shibura qui est nommé coordinateur des Forces armées, et administrateur général de la Sûreté-immigration et chargé de l’Information auprès des Forces armées, le 29 septembre. Lorsque le roi Ntare V TENTE de limoger son Premier ministre Micombero, le 9 novembre, c’est trop tard : la garde militaire de la Radio Burundi lui empêche l’accès aux installations de la radiodiffusion nationale. Le 28 novembre 1966, le Premier ministre renverse le chef d’Etat, le roi Ntare V.
Adieu la monarchie !

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