Discours de Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur Albert SHINGIRO, Représentant Permanent du Burundi auprès des Nations Unies lors de la Réunion de la Configuration-Burundi de la Commission de Consolidation de la paix (11 mai 2015)

Monsieur le Président, chers collègues,
1) Je voudrais dès l’entame de mon propos vous remercier pour avoir organisé cette importante réunion qui arrive à point nommé au moment où la tension électorale mêlée de manifestations violentes dans mon pays ne cesse de monter au fur et en mesure que l’on s’approche de la date des élections de 2015.

2) Permettez-moi également de saluer la présence parmi nous de son Excellence Monsieur Edouard NDUWIMANA, Ministre de l’intérieur qui s’est exprimé depuis Bujumbura. Je le remercie également pour son briefing fort enrichissant et actualisé.

3) Je joins ma voix à celle du Président pour remercier Monsieur Said Djinnit, Envoyé spécial du Secrétaire General des Nations Unies dans la région des Grands Lacs pour son briefing et pour ses efforts remarquables qu’il ne cesse de déployer pour rapprocher les voix discordantes au Burundi en ce moment précis des élections.
Permettez-moi également de remercier tous les Membres de la configuration-Burundi ici présents pour leurs appuis multiformes à mon pays.

Monsieur le Président,

4) Comme vous le savez, au lendemain de l’annonce par le Parti CNDD-FDD de son candidat à l’élection présidentielle prochaine, certains partis politiques de l’opposition radicale et autres activistes qui se réclament de la société civile ont entamé des manifestations qui, au départ, se prétendaient être pacifiques mais qui, finalement, ont emprunté la voie d’une insurrection violente accompagnée d’une série d’actes d’atrocité sans précédent, car certains pensaient que cette candidature était contraire à la Constitution du Burundi de 2005.

5) Les habitants de quatre quartiers fiefs des insurgés dans la Capitale ont été pris en otage et privés de leurs droits les plus élémentaires à savoir : vaquer à leurs occupations quotidiennes, se faire soigner et plus grave, les enfants ont été contraints à renoncer au chemin de l’école, leur privant ainsi leur droit à l’éducation. Ils se sont servis de ces enfants comme bouclier humain, chose que l’Unicef régionale a fermement condamné. Au moment où sur tout le territoire national, les autres enfants passaient paisiblement le concours donnant l’accès à l’Enseignement secondaire, ceux des quartiers assiégés par les manifestants se sont vus expulsés des salles du concours et leurs copies déchirées.

Monsieur le Président,

6) Je ne saurai poursuivre mon propos sans insister sur le sort de ces enfants désabusés par les insurgés. Nous lançons un appel vibrant aux responsables politiques de l’opposition et de certaines organisations de la société civile, à rompre avec l’habitude d’utiliser la population, en particulier les enfants, comme boucliers humains dans les actes de violences : les écoliers, les élèves, les étudiants, tous doivent reprendre le chemin de l’école, leur place se trouve dans les lieux du savoir, et non dans la rue.

7) Bien plus, cette démarche insurrectionnelle a pris des allures inquiétantes et xénophobes, dans la mesure où on remarque que toute personne étrangère aux manifestants ou ne soutenant pas leur cause est traité d’ennemi à abattre, comme fut le cas d’un citoyen congolais qui a été tué sur le champ, celui d’un citoyen franco-burundais qui fut tabassé et torturé à Mutakura en commune urbaine de Cibitoke, alors qu’il avait bien montré aux manifestants son passeport français.

8) Le cas le plus dramatique est celui de ce jeudi 07 mai 2015 où un simple citoyen burundais ouvrier dans une société de télécommunications a été brulé vif en Commune urbaine de Nyakabiga uniquement parce qu’inconnu des manifestants et traité d’office par ces derniers d’IMBONERAKURE, jeune affilié au parti au pouvoir.

9) Cette dérive vers une criminalité sélective devrait appeler les organisateurs de l’insurrection à réfléchir sur les conséquences des actes qui réveillent chez les Burundais, ce qu’ils ont vu et vécu dans les années 1994, pratiquement dans les mêmes quartiers, avec les mêmes acteurs et curieusement avec les mêmes méthodes, à la seule différence qu’actuellement, ils n’hésitent pas à s’attaquer aux forces de l’ordre lorsqu’ils s’opposent à leur barbarie.

10) Le Gouvernement du Burundi a condamné énergiquement ce comportement indigne d’un leader politique et encore d’un acteur d’une société civile responsable. Il a également présenté ses condoléances aux familles de toutes les victimes tombées sous les coups de cette barbarie. Nous demandons à la Communauté Internationale de condamner cette dérive dangereuse pour un pays en sortie de crise et en voie de reconstruction et réconciliation.

11) Nous espérons tout naturellement que les Diplomates accrédités à Bujumbura, témoins oculaires des activités criminelles auxquelles se livrent ces insurgés, ont pu informer objectivement leurs capitales respectives afin de mettre les organisateurs devant leur responsabilité.

Monsieur le Président,

12) En ce qui concerne la question sur les mandats présidentiels qui a divisé les burundais ces derniers jours, la majorité des burundais se réjouissent du fait que cette question a obtenu un dénouement juridique qui a finalement départagé les deux opinions qui étaient diamétralement opposées. En effet, en vertu de l’article 228 de la Constitution, le Sénat a saisi la Cour Constitutionnelle, et celle-ci a rendu public son Arrêt le 5 mai en affirmant que le renouvellement de l’actuel mandat présidentiel au suffrage universel direct n’est pas contraire à la Constitution de la République du Burundi du 18 mars 2005.

13) Comme l’a demandé le Conseil de paix et de Sécurité de l’Union Africaine dans sa réunion du 28 avril 2015 ainsi que cette configuration dans le Résumé du Président, toutes les parties doivent s’incliner devant la légalité constitutionnelle et s’il y a l’un ou l’autre candidat que certains concurrents voudraient écarter par la rue, ils ont maintenant l’opportunité de le faire par les urnes comme ça s’est fait au Sénégal et ailleurs.

14) D’ailleurs, sept candidats de l’opposition viennent de déposer leurs candidatures aux élections présidentielles du 26 juin prochain pour faire la compétition avec le candidat du CNDD-FDD, Pierre NKURUNZIZA. Nous nous en réjouissons car, l’opposition vient de répondre aux multiples appels de la communauté internationale à ne pas commettre la même erreur qu’en 2010 en boycottant les prochains scrutins. Avec cette participation inclusive, nous projetons déjà un parlement multicolore qui saura défendre les intérêts de toutes les couches de la population et renforcer ainsi notre jeune démocratie.

15) S’agissant du candidat Pierre NKURUNZIZA, ce dernier a, lors de son message à la Nation, pris acte de l’Arrêt de la Cour Constitutionnelle dans son intégralité, et s’est engagé à le respecter. A cette occasion, il a informé l’opinion nationale et internationale que si le peuple burundais lui fait encore confiance, ce sera le dernier mandat, tel que stipulé par l’Arrêt de la Cour Constitutionnelle. Il s’est aussi engagé à poursuivre les efforts déployés pour réconcilier définitivement notre peuple depuis la signature des accords d’Arusha et de l’Accord Global de Cessez-le-feu, engagements dont tire sa source la Constitution actuelle du Burundi.

Monsieur le Président,

16) Je ne peux ne pas saluer les efforts sous régionaux, régionaux, continentaux et internationaux qui ont été déployés et qui continuent d’être consentis pour faire comprendre aux burundais qu’ils doivent résoudre leurs différends politiques ou électoraux par l’entremise des organes légaux existants et rompre avec le recours à la violence quels qu’en soit les motifs. L’on souviendra que cet appel a été lancé par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine le 28 avril, par la CIRGL par le Ministre des Affaires étrangères de l’Angola lors de sa déclaration faite devant l’Assemblée générale des Nations Unies la semaine dernière, par cette même configuration le 29 avril 2015 qui avait demandé à toutes les parties de respecter le verdict de la Cour Constitutionnelle. Et tout près de nous par le Conseil de Sécurité dans les éléments de presse présentés par l’ambassadeur Lituanie vendredi dernier. Toujours dans le cadre des efforts régionaux, il est prévu le 13 mai, donc après demain, un Sommet des Chefs d’Etat de la Communauté est Africaine, sommet au cours duquel sera aussi abordée la situation au Burundi.

17) Toujours à propos des efforts régionaux, le 7 mai, le Président de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) Son Excellence José Eduardo Dos Santos, Président de la République d’Angola a envoyé un message spécial à SE Pierre Nkurunziza sur la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs et au Burundi en particulier. Le message a été transmis par l’Envoyé spécial du Président de l’Angola SE l’Ambassadeur Manuel Augusto, Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères de la République d’Angola.

18) Dans son message, le Président De Santos a indiqué que personne ne peut remplacer les Burundais dans la recherche de la paix et de la sécurité durables dans leur pays. Il a en même temps exhorté le Gouvernement, les partis politiques, la société civile et d’autres parties prenantes à résoudre tout problème par le dialogue et non pas par la violence. Nous demandons donc nos partenaires hors continent de continuer sur cette lancée et accompagner davantage le processus électoral burundais dans un esprit constructif. Le processus est avant tout national certes, mais sans l’appui de nos partenaires, le Burundi ne saurait le conduire jusqu’au bout tout seul.

19) Pour sa part, le Gouvernement s’engage à poursuivre le dialogue avec toutes les parties impliquées dans le processus électoral afin de préserver un climat favorable aux élections. Nous rassurons nos partenaires que des mesures ont été prises pour permettre un déroulement calme de la campagne électorale qui a commencé, comme vous le savez, hier le 10 mai pour les élections communales et législatives.

20) Avant de conclure, permettez-moi d’interpeller encore une fois la Communauté Internationale et régionale à venir au Burundi pour être témoins oculaires du bon déroulement des scrutins. Nous remercions ceux qui ont déjà dépêché des équipes d’observation électorale sur le terrain, invitons ceux qui ne l’ont pas encore fait de le faire dès demain.

Je Vous remercie Monsieur le Président !

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