Le Plan génocide contre les BAHUTU du Burundi en 1972

Le Plan génocide contre les BAHUTU du Burundi en 1972

 

Par Sekidende, 29 avril 2020

L’enjeu de la mise en évidence de l’existence d’un plan préalable au génocide, qui a démarré le 29 avril 1972, réside dans la nécessité de pousser les services habilités de l’ONU à reconnaître officiellement le génocide contre les Hutus en 1972. En effet, les responsables de ces services donnent comme prétextes, l’inexistence d’un plan que, bien entendu, l’ONU n’ignore pas ! Pourtant, dès mai 1968, le ministre de l’Information de l’époque, le Capitaine Martin NDAYAHOZE avait remis un rapport officiel à son Président de la République, le Capitaine Michel Micombero, dénonçant le PLAN du ministre Arthémon SIMBANANIYE qui préconisait le génocide des Hutus devant aboutir à l’égalité numérique des Hutus et des Tutsis. Ce PLAN envisageait d’instruire des membres tutsis des services d’ordre de massacrer des Tutsis afin d’imputer le crime aux Hutus qui, dans la suite, seront réprimés jusqu’à atteindre un nombre égal aux Tutsis.

Au cours de la décennie 1970, le Mouvement des Etudiants Progressistes Barundi (MEPROBA), dont le siège était basé en Belgique, n’a jamais cessé de divulguer ce PLAN macabre dont le nom devint courant sous l’appellation : PLAN SIMBANANIYE. Au cours de cette décennie, les services de l’ONU ont eu le temps d’entendre parler de ce plan et de lire la Voix du Progrès publié par le MEPROBA.

Pour mettre davantage en évidence ce plan macabre, il importe d’analyser les événements de la date du 29 avril 1972 ainsi que les jours, les semaines et les mois qui ont précédés cette date.

Les premières manœuvres connues orchestrés par le Gouvernement MICOMBERO avant le 29 avril 1972 remontent au mois de février de cette année de génocide quand le ministre des Relations Extérieures, Arthémon SIMBANANIYE se mit à la chasse du Roi NTARE V, Charles NDIZEYE que le Président Michel MICOMBERO avait descendu du trône en 1966. Jérôme Ndiho, qui était de reportage comme journaliste stagiaire à la Radio Télévision Belge, a assisté à une des scènes de chasse à l’homme qui « s’est déroulé à l’Hôtel Astoria de Bruxelles. Sachant que le Roi NTARE V, de passage depuis l’Allemagne où il traitait des affaires, logeait au premier étage de cet hôtel, l’Ambassade du Burundi en Belgique organisa une réception, à l’Hôtel Astoria, en honneur du ministre des Relations Extérieures, Arthémon SIMBANANIYE. Au cours de la réception, le ministre envoya son Ambassadeur Laurent NZEYIMANA pour inviter le Roi NTARE V à venir dans la réception. Le Roi NTARE V refusa. Etant donné que les pieds des escaliers menant aux chambres de l’hôtel se trouvaient à l’entrée de la salle de réception, le ministre quitta sa place d’honneur pour aller camper au pied de l’escalier. Après environ une heure, le Roi NTARE V finit par descendre les escaliers, accompagné par Monsieur Emmanuel BIHA. Le ministre tendit la main au Roi NTARE V qui accepta. Le ministre invita le Roi NTARE V à participer à la réception. Le Roi refusa puis sortit de l’Hôtel ».

Au début du mois de mars, l’intention de la chasse à homme est apparue au grand jour : les manœuvres d’exécution du PLAN devenaient visibles. En effet, le ministre des Relations Extérieures, Arthémon SIMBANANIYE poursuivit sa chasse à l’homme en Ouganda, Kampala, où le Roi NTARE V s’était rendu pour ses affaires. Le ministre négocia avec le Président de la République de l’Ouganda, Idi Amin, l’extradition du Roi NTARE V vers le Burundi. Le 31 mars 1972, le Président Idi Amin embarqua, manu militari, le Roi NTARE V dans un avion. Destination : Bujumbura. Le ministre SIMBANANIYE était à bord de cet avion. Une fois à Bujumbura, le Roi NTARE V fut transféré à Gitega où les militaires finirent par l’assassiner le 29 avril 1972 à 1h15 du matin sur ordre du Président Michel MICOMBERO. Nous y reviendrons.

Un autre fait qui met en évidence ce plan, ce sont les préparatifs de l’armée burundaise dont plusieurs bataillons ont effectué des manœuvres dès le 20 avril 1972 à l’Est du Burundi, dans la province de Rutana, notamment.

Le témoignage le plus édifiant s’avère celui de KAGIMBI Salvator, un Tutsi honnête qui a dénoncé le génocide de 1972 en relatant ce qu’il a entendu de la bouche de son père qui était travailleur du Service National des Renseignements en 1972. Son père lui a révélé comment le coup a été monté pour justifier le génocide contre les Hutus devant la communauté nationale et internationale :

« En date du 20/04/1972, M. Arthémon SIMBANANIYE, le Major Albert SHIBURA et le patron de la documentation de l’époque ont réuni les cadres et agents de ce Service de Renseignement pour mettre le point sur le plan d’élimination de toute la race Hutu sur la carte du Burundi.

SIMBANANIYE a expliqué qu’il serait difficile de convaincre tous les Tutsi que tous les Hutu doivent mourir si on ne leur montre pas que ces derniers constituent une menace pour eux. Il a encore expliqué qu’il serait difficile de convaincre la communauté internationale sur la raison de ce “nettoyage”.(…). Il a renchéri que si on expliquait au peuple burundais qu’une rébellion Hutu a attaqué et tué les familles Tutsi, bon nombre de Hutu, si pacifique soient-ils, allaient bel et bien comprendre que toutes les personnes qui seraient arrêtées sont des récalcitrants (abamenja) et que par conséquent il serait justifiable devant les autres Hutu que leurs confrères soient arrêtées et emprisonnées.

Pour réussir tout cela, il fallait sacrifier certaines familles Tutsies du Sud afin de les coller aux Hutu et essayer de convaincre tous les Tutsi, les hutu et même la communauté internationale que le pays se trouve en situation de guerre dont on ne saurait limiter les dégâts «. Ceci était préconisé dans le PLAN SIMBANANIYE de mai 1968.

Monsieur KAGIMBI Salvator de poursuivre et de dévoiler le noyaux central de l’exécution du PLAN SIMBANANIYE :

« Mon père (qui en souffre beaucoup) et d’autres, ont obtenu la mission d’aller recruter quelques mai mai (mai mulele) du Congo avec lesquels ils (les mai mulele et les agents du Service National du Renseignement burundais) ont attaqué, tué et sacrifié certaines familles Tutsi du Sud du pays pour justifier l’intervention de l’armée et permettre la justice de l’époque à réprimer les “faux” auteurs (“faux auteurs” parce que les massacres ont été commis par les Tutsi contre les autres Tutsi mais accolés aux Hutu) « 

Cette mission ressemble étrangement au contenu du rapport du ministre Martin NDAYAHOZE remis au Président MICOMBERO en 1968. Le PLAN SIMBANANIYE selon le MEPROBA.

Concernant ces mulélistes, il faut savoir qu’autours du 25 avril 1972, deux Land Rover du ministère de l’Intérieur dont le ministre était Albert SHIBURA ont été observés à Bukavu (Est de la RDCongo) au domicile d’un des plus grands chefs des mulélistes, Monsieur Sumialo. Bien plus tard, la rumeur a circulé, selon laquelle il aurait reçu beaucoup d’argent du Gouvernement du Burundi. Le lendemain, les deux Land Rover se sont rendus à Fizi Baraka, territoire Sud du Kivu (Est de la RDCongo) où se trouvait un des plus grands campements des mulélistes.

Le 29 avril 1972 à 10h le groupe restreint du Ministre Arthémon SIMBANANIYE à savoir : le ministre de l’Information, André YANDA, le ministre de l’Intérieur, Albert SHIBURA et le ministre de la Justice RWURI s’étaient déployés : le Ministre Arthémon SIMBANANIYE se trouvait à Bururi (100 km de Bujumbura), le ministre de l’Information, André YANDA et le ministre de l’Intérieur, Albert SHIBURA se trouvaient à Rumonge (72 km de Bujumbura) qui, à cette époque faisait partie de la province Bururi ; tandis que le ministre de la Justice RWURI était resté à Bujumbura. Les ministres déployés dans la province Bururi avaient pour objectif l’encadrement de Tutsis qui arrivaient de la Tanzanie où ils les avaient envoyés pour apprendre les techniques contre subversives. Ces Tutsis ont reçu l’ordre de tuer d’autres Tutsis avec l’aide des mulélistes. Ceci est aussi dans la logique du PLAN SIMBANANIYE. Interrogé récemment par la BBC sur « ces Tutsis envoyés en Tanzanie pour apprendre les techniques contre subversives et arrivant dans la province de Bururi », l’ancien Ministre Arthémon SIMBANANIYE, actuellement basé à Londres, a répondu que « tout ça est faux ».

Le 29 avril 1972 à 11h, la Radiodiffusion Nationale du Burundi (actuelle Radio Télévision Nationale du Burundi) annonça que « le Président de la République vient de dissoudre le Gouvernement«. 

Le 29 avril 1972 à 13h, la même Radiodiffusion Nationale du Burundi rendit public que le Président de la République a nommé les ministres Arthémon SIMBANANIYE, André YANDA, Albert SHIBURA et RWURI bref les ministres du groupe SIMBANANIYE, avec plusieurs ministères chacun.

Revenons à l’assassinat du Roi NTARE V le 29 avril 1972 à 1h15 du matin. La Radiodiffusion Nationale du Burundi n’a pas signalé l’assassinat du Roi NTARE V mais a plutôt fustigé, dans les journaux du soir, ce qu’elle appelait « les criminels royalistes qui perpètrent les massacres des Tutsis pour libérer le Roi NTARE V avec l’aide de mercenaires mulélistes ». Son assassinat au petit matin du même jour n’a pas été évoqué par cette radio.

Ce soir-là, le Ministre Arthémon SIMBANANIYE et son groupe restreint, les ministres de l’Information, André YANDA, le ministre de l’Intérieur, Albert SHIBURA et le ministre de la Justice RWURI ont fait assassiner le Chef du Protocole du Président de la République, Fridolin KINYOMVYI au rond-point qui, plus tard, devint la place du Soldat Inconnu. Le but visé était d’enrager le Président Michel MICOMBERO afin qu’il adhère, enfin, à leur PLAN. Cette manœuvre s’inscrivait parfaitement dans la droite ligne du PLAN SIMBANANIYE conçu en 1968. Lors de cet attentat, les dégâts collatéraux furent énormes : plusieurs citoyens abattus et leurs véhicules calcinés. La Radiodiffusion Nationale déclara, cette même soirée, que « les auteurs du forfait sont les royalistes aidés par des mercenaires mulélistes sous la solde de l’ancien Roi Charles NDIZEYE ». Ce soir même, plusieurs officiers Hutus et quelques officiers Ganwa (familles royales) furent arrêtés et exécutés. Parmi eux, le Commandant Martin NDAYAHOZE, l’ancien ministre de l’Information. Plusieurs ministres Hutus révoqués ce jour-là furent assassinés. Dès lors, il apparaissait que c’étaient les Hutus qui étaient visés.

Le lendemain, le 30 avril 1972, « Un communiqué de presse est alors passé à la radio faisant état des attaques commises par la rébellion hutu, appuyé par les mayi mayi mulele et commandé par le roi Charles NDIZEYE (qui avait été rapatrié de l’Uganda en cachette et emprisonné au camp commando de Gitega)», a souligné Monsieur KAGIMBI Salvator.

Avant la fin de la première semaine, la Radiodiffusion Nationale attribuait les crimes aux seuls Hutus sans y ajouter les mulélistes. Et le tour était joué ! Le PLAN SIMBANANIYE fut appliqué avec des listes préétablis.

 Monsieur KAGIMBI Salvator a indiqué que « le gouvernement a commandité un assaut contre tous les hutu partout où ils se trouvaient sur le territoire burundais. Un conseil de guerre (où siégeait l’ancien président Jean-Baptiste BAGAZA) s’est réuni pour incriminer tous les fonctionnaires de l’Etat d’ethnie Hutu comme étant les ténors des massacres des Tutsi au sud du pays. C’est d’ailleurs pour cela que, tout Hutu qui voyait son confrère arrêté, il croyait aux propos du gouvernement que ce Hutu était un “umumenja” càd un ” traître”, “quelqu’un qui a commis l’irréparable et méritait la mort”.

Tous les Tutsi ont alors, depuis le sommet de l’Etat, les corps de l’armée et de sécurité, l’administration étatique et non étatique, les étudiants, élèves et écoliers, jusqu’aux simples paysans été mobilisés pour identifier, lister et livrer à l’armée tout être Hutu afin qu’il soit tué”.

 Le nombre de victimes Hutus du PLAN SIMBANANIYE est effrayant : le Livre Blanc du Gouvernement MICOMBERO a fini par reconnaître 100 000 morts en 1972. La presse internationale faisait état de 300 000 morts.

Monsieur KAGIMBI Salvator témoigne : » Mon père croit que plus de 500 000 Hutu ont été tués dans cette campagne initiée par le gouvernement du Capitaine Michel Micombero où, jusqu’à présent, même les Hutu croient qu’il existe des Hutu qui ont attaqué et tué les familles Tutsi au sud du pays.« 

D’autres sources, comme un Hollandais qui a quitté la CIA, soutiennent que le nombre a dépassé les 586 000 de morts.

D’autres encore situent le nombre entre 500 000 et 1000 000. Sans doute la Commission Vérité Réconciliation, qui fait actuellement un excellent travail de recherche, nous donnera une indication plus fiable.

Quoi qu’il en soit, de ce qui précède, il s’avère que les députés de notre Assemblée Nationale avaient suffisamment de matières pour reconnaître officiellement le génocide contre les Hutus en 1972. Une telle reconnaissance ne pouvait pas manquer d’attirer l’attention des services de l’ONU via les media.

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