Le 15 janvier 1965 Pierre Ngendandumwe était-il assassiné dans un contexte de guerre sino-européenne ?

Ce que nous lisons dans l’ouvrage intitulé « l’Afrique sera chinoise » de Mr Edouard Mendiaux paru en 1970 aux éditions SINECO, nous pousse à croire que le titre susmentionné a de véritables fondements et qu’il est pertinent à l’analyse des éléments contenus dans le livre. Pierre Ngendandumwe, né en 1930 à Ngozi et mort assassiné le 15 janvier 1965 à Bujumbura, était un homme d’État burundais Hutu, membre du parti UPRONA et Premier Ministre de son pays à deux reprises, du 18 juin 1963 au 6 avril 1964 et du 7 au 15 janvier 1965.

Le 23 décembre 1963, la Chine Populaire et le Burundi établissaient des relations diplomatiques. Beaucoup d’observateurs de l’époque se demandaient comment ce pays plutôt catholique avait pu emprunter cette voie qui était honnie par le bloc occidental dominé par les néo colons et donc anti-communistes, la guerre froide battait son plein. Nous lisons, que diverses situations propres au Burundi avaient été adroitement exploitées par la Chine populaire et avaient permis d’aboutir à ce résultat paradoxal.

Il y est mentionné que si les Hutu étaient disposés à partager le pouvoir avec les Tutsi dans la nouvelle organisation succédant au régime de tutelle et que si l’on ne se trouvait pas en présence d’une hostilité ethnique violente comme dans la République voisine, les dissentiments entre ethnies n’en existaient pas moins et pouvaient être exploités. D’y ajouter que dès 1959 un climat anti-belge, et par conséquent anti-occidental commençait à se manifester au Burundi, à la suite de la mort subite à Bujumbura du Mwami du Rwanda, Rudahigwa Mutara III, qui avait dû s’exiler ainsi que de nombreux chefs féodaux au Burundi.

Ces réfugiés rendaient la Belgique responsable de la proclamation de la République et faisaient ainsi naître de l’inquiétude parmi les Tutsi du Burundi. Ces mêmes exilés Rwandais étaient pleins de ressentiment contre la hiérarchie catholique et tout spécialement contre l’Evêque de Kigali, Mgr. Péraudin, qui avait publiquement dénoncé les abus perpétrés par les féodaux Tutsi. L’attitude du gouvernement belge au Burundi favorisa la propagande des exilés Rwandais.

Lors des élections communales de 1959 ce furent les Partis soutenus par l’Administration belge qui l’emportèrent, ils formèrent le premier gouvernement du Burundi, pro-belge avec à la tête Cimpaye. Par réaction, le Parti d’opposition UPRONA chercha ses appuis auprès des gouvernements nationalistes d’Afrique : République Arabe Unie, Ghana, Kenya. L’Administration belge effrayée de la tournure que prenaient les événements, mit en résidence surveillée le Prince Rwagasore et ses principaux partisans se réfugiaient au Congo, y recevaient une large hospitalité de la part de Soumialot et Kashamura.

Avec la victoire du Parti UPRONA en 1961, le Prince Rwagasore formait son gouvernement mais fût assassiné deux mois plus tard. L’enquête menée par la justice belge établissait la responsabilité du clan Baranyanka, dont deux fils étaient condamnés à la prison, tandis que le Grec, tueur à gage, était condamné à mort et exécuté à la veille de la proclamation de l’indépendance. Cette décision jugée insuffisante par l’UPRONA provoqua un surcroît d’animosité contre la Belgique. Le gouvernement autonome du Burundi fit une déclaration refusant de reconnaître le jugement et se réservant de recommencer le procès, aussitôt l’indépendance acquise.

En janvier 1962 quatre chefs des syndicats chrétiens, accusés par les extrémistes de l’UPRONA d’avoir trempé dans l’assassinat de Rwagasore, furent assassinés à leur tour et les meurtriers ne furent pas poursuivis. Aussitôt l’indépendance proclamée, le procès des deux fils Baranyanka reprit, tous deux furent condamnés à mort et exécutés. Le Prince Rwagasore avait été remplacé à la tête du gouvernement par Muhirwa gendre du Mwami. Ce gouvernement renforça son influence en ne laissant subsister quasiment qu’un Parti unique, l’UPRONA, sur lequel il s’appuyait.

Mais, bientôt le gouvernement Muhirwa se trouva dépassé par son aile extrémiste notamment les « Jeunesses Rwagasore » voulurent se transformer en milices, elles multipliaient les contacts avec l’Est et commençaient à faire régner dans la capitale Bujumbura un climat de terreur, par l’assassinat de leurs adversaires et par d’autres violences. Il en résulta une situation confuse à laquelle le Mwami tenta de mettre un terme en faisant appel à Ngendandumwe pour former un nouveau gouvernement. Il fit preuve de fermeté à l’intérieur, fit saisir les armes des réfugiés Tutsi du Rwanda et arrêter leur chef Rukeba qui préparait l’invasion du Rwanda.

Il entama les poursuites contre les assassins des chefs syndicalistes, parmi lesquels le beau-père de Rwagasore qui fut condamné à sept ans de prison. Mais, les éléments du désordre l’emportèrent et le gouvernement Ngendandumwe fut renversé, le Mwami dut recourir à Nyamoya pour former le nouveau gouvernement. Les détenus « politiques » furent libérés et la Reine du Burundi se rendit à Pékin, où l’accueil le plus chaleureux lui fut réservé par le Président de la République Populaire Chinoise. Le Burundi venait de sauter pieds joints dans le conflit dit de la « guerre froide ». Surtout qu’à chaque occasion, les Jeunesses Rwagasore et la Fédération des Travailleurs du Burundi organisaient de grandes manifestations anti-américaines et pro-chinoises.

Pendant ce temps, la situation économique et sociale se dégradait au Burundi, qui avait fermé ses frontières avec le Congo de Tshombe et avec le Rwanda. A la même époque, en mai 1964, la rébellion éclatait au Kivu et au Maniema. Soumialot, le chef de cette révolte ainsi que les responsables du Comité National de Libération arrivaient à Bujumbura pour organiser, de là, les opérations dans l’Est du Congo. Les membres de l’UPRONA au pouvoir se souvenaient de l’hospitalité leur offerte jadis par Soumialot lors de la mise en résidence surveillée du Prince Rwagasore et de leur exil au Maniema. Le moment était venu pour eux de prouver leur gratitude.

Le chef rwandais Rukeba qui avait été libéré mit ses troupes à la disposition de Soumialot et lança une attaque contre le Rwanda, pour s’emparer notamment de l’aérodrome de Kamembe situé en territoire rwandais mais utilisé par les forces de Tshombe pour la défense du Kivu. L’attaque échoua et entraina au Rwanda de terribles représailles.

La libération des assassins des syndicalistes chrétiens et les nominations partisanes du gouvernement Nyamoya provoquèrent une scission au sein de l’UPRONA. Le Mwami, pleinement conscient de l’impopularité de Nyamoya et du danger couru par lui-même, le révoqua et le remplaça le 7 janvier 1965 par Ngendandumwe. Une semaine plus tard Ngendandumwe était assassiné par un employé Tutsi qui travaillait à l’Ambassade des Etats Unis. L’assassin avouait avoir tué le Premier Ministre sur les conseils d’une association rwandaise qui craignait que celui-ci ne prit des mesures pour expulser du pays les réfugiés. Tous les anciens Ministres et les extrémistes furent arrêtés. Le Président des Jeunesses Rwagasore, Prime Niyongabo, apparut comme l’un des principaux responsables du crime.

Le 29 janvier 1965 le Mwami annonça la suspension temporaire des relations diplomatiques avec la République Populaire de Chine et obligea l’Ambassadeur de Chine ainsi que tout le personnel de l’Ambassade à quitter le pays dans les quarante-huit heures. Malheureusement, c’est ainsi qu’aux élections du mois de mai 1965 Nyamoya, l’ancien Premier Ministre arrêté après le meurtre de Ngendandumwe se verra réélu avec une majorité de son Parti UPRONA.

 

Lu pour vous,

Ruvyogo Michel.

 
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