Ce vendredi 21 Octobre 2016, l’Ambassade du Burundi à Bruxelles a organisé, en présence de la famille du défunt et de nombreux burundais de la diaspora, une cérémonie ( Messe , réception, discours) en mémoire du Héros National, Son Excellence le Président Mélchior NDADAYE. Pour rappel ,ce premier Président de l’ère démocratique au Burundi ,fut assassiné trois mois seulement après son élection. En absence d’enquête crédible, les organisateurs de cet assassinat ne sont pas encore ” officiellement” connus, et courent toujours.

Au même moment, et à quelques deux km du lieu de commémoration, le CNARED a organisé une contre commémoration, sous la conduite de l’actuel président du Conseil, Dr Jean MINANI, en même temps, fondateur de l’autre aile du Frodebu, dit “NYAKURI”. On notera aussi les présences au premier plan, de l’actuel président du Frodebu, Frédéric BAVUGINYUMVIRA et d’un des grands compagnons de NDADAYE, l’ex président du Burundi, Sylvestre NTIBANTUNGANYA , qu’on attendait pas à pareil événement, compte tenue de sa bonne notoriété.

Le Doyen Daniel NAHIMANA qui a présidé avec brio la messe de commémoration, n’a pas manqué de souligner, avec beaucoup d’amertume, l’absurdité d’organiser une contre commémoration, au moment où notre pays a surtout besoin de panser ses plaies. Légalement parlant, il est difficile d’empêcher une telle manifestation, moralement indécente, soit elle, mais organisée pacifiquement.

J’ajoute que ce n’est pas la première fois qu’il soit organisé en Belgique, deux cérémonies pour un même événement , mais chacun se disait que cette diaspora burundaise aurait acquis aujourd’hui une certaine maturité, pour que cela ne se reproduise plus. Il est aussi à craindre que cette attitude provocatrice de ces composantes du CNARED, soit de nature à freiner le dialogue inclusif souhaité, mais déjà mal engagé.

Mais, ce qui a le plus frappé les esprits, c’est l’absence physique d’autres grands ténors du CNARED, alors qu’une semaine aupravant, le trio ci haut cité avait, avec d’autres, participé à la commémoration du 55è anniversaire ( qui était aussi une contre commémoration) de l’assassinat du prince Louis RWAGASORE, l’autre héros national . Sans doute que dans l’entendement de ces autres ténors du CNARED, NDADAYE ne serait pas un héros national.

Dans ce sens, la présence de Charles NDITIJE, président d’une aile de l’Uprona et représentant de la fondation BUYOYA, peut être considérée comme une exception.C’est un secret de Polichinelle de dire que les composantes de l’opposition radicale burundaise n’ont pas la même vision, et donc pas le même programme. Et cette situation commence à énerver ses soutiens extérieurs qui auraient souhaité sponsoriser un mouvement de contestation plus sérieux, cohérent et crédible.

De notre part, nous avons de sérieuses raisons de penser que les commanditaires de l’assassinat du président NDADAYE sont aussi à chercher parmi les cerveaux du CNARED. Les trois animateurs de la contre commémoration ,n’ignorent pas évidemment qu’ils sont assis au CNARED, avec de personnalités ayant trempé dans ce forfait. Et ils ont leurs arguments, même s’ils ont du mal à convaincre la majorité de ceux qui ont lutté pour la défense de la démocratie au Burundi.
Il est aussi à noter l’empressement de la CPI ( sous influence) à vouloir s’occuper du cas du Burund actuel, tout en se disant, avec soulagement semble t il ,incompétente pour les graves crimes antérieures, mais récentes. Il ne faut pas être trop clairvoyant pour comprendre que le peuple burundais a été plus marqué par les assassinats spectaculaires ( non élucidés et impunis) des Présidents NDADAYE et NTARYAMIRA , ainsi que ceux des princes RWAGASORE et NDIZEYE. C’est donc avec grande enthousiasme, et quasi à l’unanimité, que la loi de sortie de la CPI a été récemment votée par les deux chambres du parlement.

Et pour revenir à cette contre commémoration, personnellement, je n’ai pas compris, le pourquoi d’une telle initiative, car même si l’opposition radicale a le droit de ne pas être d’accord avec le pouvoir de Bujumbura, elle n’ a pas raison de continuer à ignorer sa légitimité, au moment où d’autres sont entrain de revoir leurs positions. Un minimum de réalisme l’inciterait à suivre l’exemple des Ambassadeurs des USA, Belgique, Allemagne, France, Hollande, Egypte et UE, tout heureux de présenter leurs lettres de créances, au chef de l’Etat du Burundi, avec pour la circonstance,un discours qui a beaucoup évolué.
Pour finir, souhaitons que ce mauvais exemple de contre commémoration, qui s’est déroulée, heureusement, dirait on, dans une salle quasi vide, soit oublié au plus vite. Car sinon, la communauté internationale, que nous sollicitons souvent, risque de nous trouver bizarres. En plus,nous serions entrain de présenter un spectacle affligeant pour nos générations de demain.

Anatole BACANAMWO