La perte d’un frère et compagnon de lutte
L’annonce de la disparition tragique de l’Honorable Sheikh Mohamed Rukara, mort en Belgique fin novembre 2019, de suite d’une très longue maladie, est une grande perte pour le Burundi, la sous région de l’Afrique des Grands-Lacs et la communauté internationale particulièrement le monde arabo-musulman. Natif de Buyenzi, la zone la plus islamisée et la plus swahilophone de la Mairie de Bujumbura, Sheikh Mohamed Rukara constituait pour la majorité des burundais un véritable symbole de l’unité nationale. Les mots me manquent pour décrire le parcours de cet homme. 
En dehors de toute polémique, il était parmi les rares burundais qui ont su prouver par des actes concrets avec un courage hors du commun que le combat pour le droit, la liberté, la paix et le développement exige pour une meilleure réussite la conjugaison des efforts de tout le monde. 
 
Mon cher grand frère Sheikh Mohamed Rukara, ami et compagnon de lutte. 
 
Ayant été très proche de vous durant toute votre vie tant privée que publique, et donc témoin de la plupart de vos actes et œuvres, je tiens à témoigner que votre ferme engagement et contribution personnelle à l’émancipation des opprimés ont largement contribué à transcender et guérir les divers clivages qui ont endeuillé le Burundi depuis l’indépendance en 1962. Étant de confession musulmane dans un pays à majorité chrétienne, apparenté au lignage de la dynastie burundaise balayée par les militaires en 1966 et d’une famille “uproniste” (parti d’indépendance) de première heure, vous avez pris le grand risque et décidé de participer ouvertement à la lutte du peuple pour la paix et la démocratie. Votre famille politique surtout les compagnons qui vous ont vu à l’oeuvre reconnaissent en vous et aux yeux du monde l’honnêteté, l’intégrité et la sagesse: trois qualités qui vous ont toujours marqué depuis la création du mouvement pour la défense de la démocratie jusqu’à vos dernières réalisations en tant que Parlementaire et Médiateur de la République.
Votre contribution personnelle aux négociations de paix inter-burundaises (voir photo jointe) est restée vivante auprès de vos camarades et compagnons de lutte, le Président Nkurunziza Pierre en tête tout comme pour les autres partenaires politiques et sociaux.
 
Défenseur des opprimés 
 
Votre détermination et engagement resteront pour vos compagnons et même pour les héritiers de cette lutte un symbole du ‘peuple en arme’ et de sa ‘longue marche’ pour l’émancipation. Vos œuvres socio-culturelles à travers la construction des écoles, des infrastructures médicales et la promotion de la culture burundaise en général et swahilophone en particulier,  resteront gravées dans les mémoires des gens surtout des groupes marginalisés. Combien d’enfants de la rue ou issus des familles démunies ont aujourd’hui retrouvé l’espoir de vie après avoir bénéficié dans les conditions les moins-disantes possibles des formations éducatives, artisanales ou culturelles? Seul l’avenir et les générations futures vous jugerez par vos actes, faits et gestes.
 
Qu’Allah le Miséricordieux vous accueille, mon cher grand frère, ami et compagnon de lutte, dans sa paix éternelle.
 
Karenga Ramadhan
 
Lu pour vous Ruvyogo Michel