Diviser pour régner un principe néocolonial tenace depuis l’esclavage à nos jours, quid du Burundi actuel ?

Nous avons tous appris qu’en politique et en sociologie, diviser pour régner est une stratégie visant à semer la discorde et à opposer les éléments d’un tout pour les affaiblir et à user de son pouvoir pour les influencer. L’histoire offre de nombreux exemples dans lesquels cette tactique fut mise en œuvre. Généralement, les disciples de la « Charte Impérialiste » commencent par diviser un pays en morceaux. Ensuite ils suscitent un conflit, apportant leur soutien à une des parties (la plus petite et la plus faible) dans sa lutte contre l’autre. Dresser l’une contre l’autre dans un conflit fratricide, les affaiblir toutes les deux et ensuite soumettre tout le pays à sa mainmise ; voilà la méthode. Ayant compris cela, nous pouvons examiner son application au travers du brouhaha incessant dans le cadre de la situation actuelle au Burundi.

Pour rappel, le Royaume du Burundi était une société hiérarchisée à plusieurs niveaux. Le Mwami était le centre de tout le système et servait de point de référence à tous les autres niveaux. Cependant, les changements intervenus entre 1925 et 1933, entraînaient notamment la limitation et l’affaiblissement du pouvoir royal, la transformation du pouvoir des Baganwa en fonctionnaires auxiliaires de l’administration coloniale, la destitution progressive des chefs et des sous-chefs tutsi et hutu en passant par la fameuse réforme de 1929 qui va instaurer comme base socio-administrative les ethnies Hutu, Tutsi et Twa et non plus la référence aux Miryango. Bref, la mise à mort du système politique indigène tout en le remplaçant par des institutions coloniales inconnues dans la culture burundaise.

En 1952, la tutelle procède à nouveau à une organisation des structures traditionnelles. Elle instaure des organes consultatifs élus à tous les échelons de l’administration traditionnelle dont le Conseil supérieur du pays. En 1959, la Déclaration Gouvernementale relative à l’avenir du Ruanda-Urundi envisage d’autres réformes. Le décret intérimaire du 25 décembre 1959 les définit ainsi : “Suppression de la dualité administrative entre autorités de tutelle et autorités coutumières, création à l’échelon des communes de conseils élus au suffrage universel, à l’échelon du pays, d’assemblées composées de membres élus au second degré et de représentants des intérêts des notables”. Le Conseil supérieur du pays est remplacé par une commission intérimaire de cinq membres qui sera complétée par la nomination de neuf commissaires du pays. Les chefferies deviennent des provinces. Les sous-chefferies et les centres extra-coutumiers sont supprimés et remplacés par des communes.

Dans le système traditionnel tout n’était pas parfait mais il y avait un consensus connu et accepté par l’ensemble de la population. Dominés à tout point de vue, les Burundais n’ont pas vu le coup de la division sociale venir, que le colon mettait fin à l’harmonie séculaire qui faisait que chaque Burundais connaissait sa place dans l’organisation socio-politique du pays, que le Roi n’était plus enraciné dans le substrat social burundais et qu’il finira sa vie en Suisse, suite à sa fuite en avant face à une situation qu’il ne maitrisait plus.

Dans l’entre-temps, ils opposeront des oncles/tantes aux neveux/nièces, le fameux conflit des Batare et Bezi ; ils opposeront les partis politiques ; ils opposeront les baganwa et le reste de la population ; ils opposeront la population elle-même les Hutu, les Tutsi et les Twa ; ils opposeront les forces de l’ordre et la population ; ils opposeront les citadins et les ruraux ; ils opposeront même les voisins entre eux… C’est ce qu’on a appelé le Burundi en lambeaux.

Cette recette de diviser pour régner continue à faire des ravages, bien qu’elle se présente actuellement sous une autre forme. Relisons les différentes résolutions contre le Burundi à l’aune de ce concept et nous comprendrons où le néocolonial veut nous mener.

Fort heureusement, beaucoup de citoyens Burundais ont déjà compris cette pratique et résistent à leur façon. Voyez au Burundi les solidarités sociales lors des événements heureux (naissance, baptême, mariage ou autre), les marques d’affection ou de tristesse (maladie, mort, …), regardez combien toutes les associations tant politiques que celles de la société civile sont diversifiées socialement dans leur constitution ; comprenez pourquoi depuis 2014 toute tentative d’incursion armée est combattue par tous les enfants de la nation burundaise avec succès et victoire ; analysez les institutions de l’Etat, etc.,… Tout montre à suffisance que le Burundi se reconstruit et retrouve petit à petit son harmonie d’antan.

Restons d’avantage vigilant et renforçons sans cesse notre cohésion sociale car c’est la condition, sine qua none, pour bâtir un peuple fort, fier et prospère capable de résister aux coups de boutoir divisionnistes.

Ruvyogo Michel